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dimanche 26 février 2017

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samedi 25 février 2017

A quoi rêvent les chevaux ?

Pour l'herbier de poésie chez Adamante

Sentent-ils venir l'orage
des heures sombres de l'Histoire ?

Quand vient la pénombre
à quoi rêvent les chevaux
aux heures bleues du soir?

Quelques abeilles attardées
tintinnabulent à leurs oreilles.

Bientôt les années
enfouiront hommes et chevaux
au fond des tranchées

Déshonneur d'humanité
pour l'honneur de leurs patries
©Jeanne Fadosi, mercredi 22 février 2017
pour l'herbier de poésie 67
à voir chez Adamante

Franz Marc "Chevaux rêvant" 1913
 - Aquarelle sur papier -

jeudi 23 février 2017

Le crapaud, de Tristan Corbière

Suivi des premiers vers du Crapaud, de Victor Hugo. Deux utilisations fort différentes du langage poétique pour dire la laideur opposée à la beauté, la laideur touchée par la beauté, la beauté même dans la laideur. Deux modes d'expression qui me touchent autant en prenant des chemins différents.

Pour le défi n°180 des CROQUEURS DE MOTS Jill Bill, depuis son bateau-château, nous convie à écrire sur une drôle de maison du bonheur et comme tout est affaire de goûts et de couleurs, les fils conducteurs des jeudis poésie (facultatifs) sont "beauté" puis "laideur".
J'écrivais pour jeudi dernier que des mots dans ma tête sont comme des boutons-mémoire à bribes de poésie ... laideur ... crapaud ...
Heureux crapaud !...Tu n’as pas d’étoile jaune.
               Max Jacob, L'amour du prochain, Drancy, 1944
Par acquis de conscience je requière dans gouguel poésie + laideur. L'une des premières occurrences me donne un lien de compilation sur le thème de la laideur en poésie et parmi les propositions le crapaud cité deux fois, vu par Tristan Corbière et vu par Victor Hugo

Le crapaud
Un chant dans une nuit sans air...
La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.
... Un chant ; comme un écho, tout vif
Enterré, là, sous le massif...
- Ça se tait : Viens, c'est là, dans l'ombre...
- Un crapaud! - Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue... - Horreur ! -
... Il chante. - Horreur !! - Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son œil de lumière...
Non : il s'en va, froid, sous sa pierre.
......................................................................
Bonsoir-ce crapaud-là c'est moi.
(Ce soir, 20 Juillet.) 
Tristan CORBIÈRE, « Le crapaud », Les Amours jaunes, 1873


Le Crapaud (début)
   
Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses ?
Le couchant rayonnait dans les nuages roses ;
C’était la fin d’un jour d’orage, et l’occident
Changeait l’ondée en flamme en son brasier ardent ;
Près d’une ornière, au bord d’une flaque de pluie,
Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;
Grave, il songeait ; l’horreur contemplait la splendeur.
(Oh ! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?
Hélas ! le bas-empire est couvert d’Augustules,
Les Césars de forfaits, les crapauds de pustules,
Comme le pré de fleurs et le ciel de soleils !)
Les feuilles s’empourpraient dans les arbres vermeils ;
L’eau miroitait, mêlée à l’herbe, dans l’ornière ;
Le soir se déployait ainsi qu’une bannière ;
L’oiseau baissait la voix dans le jour affaibli ;
Tout s’apaisait, dans l’air, sur l’onde ; et, plein d’oubli,
Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,
Doux, regardait la grande auréole solaire ;
Peut-être le maudit se sentait-il béni,
Pas de bête qui n’ait un reflet d’infini ;
Pas de prunelle abjecte et vile que ne touche
L’éclair d’en haut, parfois tendre et parfois farouche ;
Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux,
Qui n’ait l’immensité des astres dans les yeux.
[...] 
Victor Hugo, Le Crapaud*, La légende des siècles, 26-29 mai 1858.
 Texte intégral de Le Crapaud, de Victor Hugo Clic ---> (juste avant ou juste après celui-ci)

Tristan Corbière, 1845 - 1875, poète français
Victor Hugo, 1802 - 1885, poète, prosateur et dramaturge français
Weblettres : le thème de la laideur



Le Crapaud, de Victor Hugo

En marge du jeudi en poésie du défi n°180 des CROQUEURS DE MOTS sur le thème de la laideur, pour celles et ceux qui ont envie de lire ce poème en entier. Ma proposition principale est Le crapaud, de Tristan Corbière (juste avant ou juste après cet article) Clic --->

Le Crapaud
   
Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses ?
Le couchant rayonnait dans les nuages roses ;
C’était la fin d’un jour d’orage, et l’occident
Changeait l’ondée en flamme en son brasier ardent ;
Près d’une ornière, au bord d’une flaque de pluie,
Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;
Grave, il songeait ; l’horreur contemplait la splendeur.
(Oh ! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?
Hélas ! le bas-empire est couvert d’Augustules,
Les Césars de forfaits, les crapauds de pustules,
Comme le pré de fleurs et le ciel de soleils !)
Les feuilles s’empourpraient dans les arbres vermeils ;
L’eau miroitait, mêlée à l’herbe, dans l’ornière ;
Le soir se déployait ainsi qu’une bannière ;
L’oiseau baissait la voix dans le jour affaibli ;
Tout s’apaisait, dans l’air, sur l’onde ; et, plein d’oubli,
Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,
Doux, regardait la grande auréole solaire ;
Peut-être le maudit se sentait-il béni,
Pas de bête qui n’ait un reflet d’infini ;
Pas de prunelle abjecte et vile que ne touche
L’éclair d’en haut, parfois tendre et parfois farouche ;
Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux,
Qui n’ait l’immensité des astres dans les yeux.
Un homme qui passait vit la hideuse bête,
Et, frémissant, lui mit son talon sur la tête ;
C’était un prêtre ayant un livre qu’il lisait ;
Puis une femme, avec une fleur au corset,
Vint et lui creva l’œil du bout de son ombrelle ;
Et le prêtre était vieux, et la femme était belle.
Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel.
— J’étais enfant, j’étais petit, j’étais cruel ; —
Tout homme sur la terre, où l’âme erre asservie,
Peut commencer ainsi le récit de sa vie.
On a le jeu, l’ivresse et l’aube dans les yeux,
On a sa mère, on est des écoliers joyeux,
De petits hommes gais, respirant l’atmosphère
À pleins poumons, aimés, libres, contents ; que faire
Sinon de torturer quelque être malheureux ?
Le crapaud se traînait au fond du chemin creux.
C’était l’heure où des champs les profondeurs s’azurent ;
Fauve, il cherchait la nuit ; les enfants l’aperçurent
Et crièrent : « Tuons ce vilain animal,
Et, puisqu’il est si laid, faisons-lui bien du mal ! »
Et chacun d’eux, riant, — l’enfant rit quand il tue, —
Se mit à le piquer d’une branche pointue,
Élargissant le trou de l’œil crevé, blessant
Les blessures, ravis, applaudis du passant ;
Car les passants riaient ; et l’ombre sépulcrale
Couvrait ce noir martyr qui n’a pas même un râle,
Et le sang, sang affreux, de toutes parts coulait
Sur ce pauvre être ayant pour crime d’être laid ;
Il fuyait ; il avait une patte arrachée ;
Un enfant le frappait d’une pelle ébréchée ;
Et chaque coup faisait écumer ce proscrit
Qui, même quand le jour sur sa tête sourit,
Même sous le grand ciel, rampe au fond d’une cave ;
Et les enfants disaient : « Est-il méchant ! il bave ! »
Son front saignait ; son œil pendait ; dans le genêt
Et la ronce, effroyable à voir, il cheminait ;
On eût dit qu’il sortait de quelque affreuse serre ;
Oh ! la sombre action, empirer la misère !
Ajouter de l’horreur à la difformité !
Disloqué, de cailloux en cailloux cahoté,
Il respirait toujours ; sans abri, sans asile,
Il rampait ; on eût dit que la mort, difficile,
Le trouvait si hideux qu’elle le refusait ;
Les enfants le voulaient saisir dans un lacet,
Mais il leur échappa, glissant le long des haies ;
L’ornière était béante, il y traîna ses plaies
Et s’y plongea, sanglant, brisé, le crâne ouvert,
Sentant quelque fraîcheur dans ce cloaque vert,
Lavant la cruauté de l’homme en cette boue ;
Et les enfants, avec le printemps sur la joue,
Blonds, charmants, ne s’étaient jamais tant divertis ;
Tous parlaient à la fois et les grands aux petits
Criaient : « Viens voir ! dis donc, Adolphe, dis donc, Pierre,
Allons pour l’achever prendre une grosse pierre ! »
Tous ensemble, sur l’être au hasard exécré,
Ils fixaient leurs regards, et le désespéré
Regardait s’incliner sur lui ces fronts horribles.
— Hélas ! ayons des buts, mais n’ayons pas de cibles ;
Quand nous visons un point de l’horizon humain,
Ayons la vie, et non la mort, dans notre main. —
Tous les yeux poursuivaient le crapaud dans la vase ;
C’était de la fureur et c’était de l’extase ;
Un des enfants revint, apportant un pavé,
Pesant, mais pour le mal aisément soulevé,
Et dit : « Nous allons voir comment cela va faire. »
Or, en ce même instant, juste à ce point de terre,
Le hasard amenait un chariot très lourd
Traîné par un vieux âne éclopé, maigre et sourd ;
Cet âne harassé, boiteux et lamentable,
Après un jour de marche approchait de l’étable ;
Il roulait la charrette et portait un panier ;
Chaque pas qu’il faisait semblait l’avant-dernier ;
Cette bête marchait, battue, exténuée ;
Les coups l’enveloppaient ainsi qu’une nuée ;
Il avait dans ses yeux voilés d’une vapeur
Cette stupidité qui peut-être est stupeur ;
Et l’ornière était creuse, et si pleine de boue
Et d’un versant si dur que chaque tour de roue
Était comme un lugubre et rauque arrachement ;
Et l’âne allait geignant et l’ânier blasphémant ;
La route descendait et poussait la bourrique ;
L’âne songeait, passif, sous le fouet, sous la trique,
Dans une profondeur où l’homme ne va pas.

Les enfants entendant cette roue et ce pas,
Se tournèrent bruyants et virent la charrette :
« Ne mets pas le pavé sur le crapaud. Arrête ! »
Crièrent-ils. « Vois-tu, la voiture descend
Et va passer dessus, c’est bien plus amusant. »

Tous regardaient.

                                 Soudain, avançant dans l’ornière
Où le monstre attendait sa torture dernière,
L’âne vit le crapaud, et, triste, — hélas ! penché
Sur un plus triste, — lourd, rompu, morne, écorché,
Il sembla le flairer avec sa tête basse ;
Ce forçat, ce damné, ce patient, fit grâce ;
Il rassembla sa force éteinte, et, roidissant
Sa chaîne et son licou sur ses muscles en sang,
Résistant à l’ânier qui lui criait : Avance !
Maîtrisant du fardeau l’affreuse connivence,
Avec sa lassitude acceptant le combat,
Tirant le chariot et soulevant le bât,
Hagard, il détourna la roue inexorable,
Laissant derrière lui vivre ce misérable ;
Puis, sous un coup de fouet, il reprit son chemin.

Alors, lâchant la pierre échappée à sa main,
Un des enfants — celui qui conte cette histoire, —
Sous la voûte infinie à la fois bleue et noire,
Entendit une voix qui lui disait : Sois bon !

Bonté de l’idiot ! diamant du charbon !
Sainte énigme ! lumière auguste des ténèbres !
Les célestes n’ont rien de plus que les funèbres
Si les funèbres, groupe aveugle et châtié,
Songent, et, n’ayant pas la joie, ont la pitié.
Ô spectacle sacré ! l’ombre secourant l’ombre,
L’âme obscure venant en aide à l’âme sombre,
Le stupide, attendri, sur l’affreux se penchant,
Le damné bon faisant rêver l’élu méchant !
L’animal avançant lorsque l’homme recule !
Dans la sérénité du pâle crépuscule,
La brute par moments pense et sent qu’elle est sœur
De la mystérieuse et profonde douceur ;
Il suffit qu’un éclair de grâce brille en elle
Pour qu’elle soit égale à l’étoile éternelle ;
Le baudet qui, rentrant le soir, surchargé, las,
Mourant, sentant saigner ses pauvres sabots plats,
Fait quelques pas de plus, s’écarte et se dérange
Pour ne pas écraser un crapaud dans la fange,
Cet âne abject, souillé, meurtri sous le bâton,
Est plus saint que Socrate et plus grand que Platon.
Tu cherches, philosophe ? Ô penseur, tu médites ?
Veux-tu trouver le vrai sous nos brumes maudites ?
Crois, pleure, abîme-toi dans l’insondable amour !
Quiconque est bon voit clair dans l’obscur carrefour ;
Quiconque est bon habite un coin du ciel. Ô sage,
La bonté, qui du monde éclaire le visage,
La bonté, ce regard du matin ingénu,
La bonté, pur rayon qui chauffe l’Inconnu,
Instinct qui, dans la nuit et dans la souffrance, aime,
Est le trait d’union ineffable et suprême
Qui joint, dans l’ombre, hélas ! si lugubre souvent,
Le grand ignorant, l’âne, à Dieu, le grand savant.


Victor Hugo, Le Crapaud, La légende des siècles, 26-29 mai 1858.




mercredi 22 février 2017

Espérance de Terre-Neuve et Plaisance

Eh oui cette semaine je vous emmène très loin faire un clin d’œil à tous les navigateurs qui se sont disputé au cours des siècles ce bout de terre bordé de bancs de morues.
Avec une intention particulière pour nos amis canadiens et acadiens.

Espérance
à sa naissance
portait en elle
les belles ailes
de l'espérance
en Nouvelle France.
Douce utopie
d'une synchronie
entre peuples amérindiens
et colons européens
loin de la misère
du pays du père
pêcheur basque de morues
accepté dans la tribu
marié à sa mère
sur cette terre
si souvent gelée
sa mère de sang mêlé
tradition d'hospitalité
de clans d'inuits et d'acadiennes
douceur de vivre amérindienne
d'une région inhospitalière
où toute l'année c'est l'hiver
et où l'harmonie
est une question de survie.

femme Inuit dans sa cuisine, 1916



Nouvelle France
Plaisance
Histoire de Terre-Neuve
Inuits
Histoire des Amérindiens du Canada et du Québec

et aussi les drames actuels des populations autochtones Indiens du nord Canada Clic

La liste des prénoms chez Jill Bill (Jill Bill nous a déjà concocté une liste de prénoms pour la reprise de septembre) et Les liens du rassemblement
Avec un salut amical spécial à  Bigornette , 
Présidente d'honneur de La cour de récré de JB

lundi 20 février 2017

Défi n°180 "La maison du bonheur"

Faites-nous sourire voire rire,
Émouvoir avec cette maison, pas comme les autres,
Le facteur Cheval serait-il battu...?
Ah ma foi... !! sarcastic
C'est ainsi que Jill Bill, maître à la manœuvre des CROQUEURS DE MOTS conclut sa feuille de route pour le défi n°180, en prose ou en poésie, MAIS ... avec une mot imposé : "Idiosyncrasie"

Je vous l'ai dit à demi-mots, mon quotidien actuel pompe mon énergie et grignote mon envie d'écrire. J'espère que des jours plus prévisibles et calmes reviendront. Ainsi va la vie. Et le sujet éveille en moi des souvenirs sensibles et douloureux qui parasitent d'autres évocations possibles et souriantes tels :
Cette ferme traditionnelle perchée à flanc de colline dans les Maramures, accessible uniquement à travers champs au bout d'une grimpée rapide de plus d'une demi-heure ?
Cette maisonnette de bois livrée par les canadiens en réparations de guerre et dont les habitants avaient posé le panneau "Ça m'suffit" ?
Cette cabane que j'avais vu prospérer et devenir pimpante semaine après semaine avant de devenir cendres. (chut ne la réveillons pas me chuchotait Jill jeudi dernier) Il y en avait peu à l'époque (2008, cela me semble un siècle) ?
Cette habitation cossue que nous avions investi à quatre colocataires où nous nous étions partagé chacun une grande chambre, aménagé une autre chambre en bureau et mis en commun le rez-de-chaussée que nous pouvions réserver pour nos besoins privés ? Une parenthèse sans accroc après la défection d'une des colocataires pour incompatibilité d'humeur avec une autre et la venue en pointillé de l'amie d'un autre. Une coloc agrémentée souvent la semaine des professeurs vacataires venus de loin en remplacement car nous avions encore une petite chambre en dépannage, gratuit je précise. Ce partage où nous avions chacun nos aises et notre autonomie fut interrompue prématurément par le décès de notre propriétaire et l'obligation des héritiers de vendre.

De ces années de la fin de la décennie 1970 où je débutais ma vie professionnelle, je me souviens de jours fériés, essentiellement le dimanche, à parcourir la Mayenne, mon département d'adoption, à la découverte de ses paysages et de son patrimoine.

Il faut dire qu'avec Ambroise Paré, le Douanier Rousseau, Alfred Jarry ou Alain Gerbault nous étions en bonne compagnie, nous les "immigrés" de l'intérieur, parachutés là car, il faut bien le dire, Laval ne faisait pas rêver les jeunes jeunes titulaires en quête d'un premier poste.

Ce sujet me donne l'occasion de mettre à l'honneur  Robert Tatin, cet autre génial bâtisseur avec le Facteur Cheval, plus connu dans le monde entier que dans son propre pays, et sa surprenante "Maison des Champs" magnifique expression de ce qu'un artiste peut produire quand il met en oeuvre sans la brider, avec sa tête, son coeur et ses savoir-faire au bout de ses mains, son idiosyncrasie.

Une modeste maison ancienne au départ, dont il a voulu et réussi à faire "une oeuvre monumentale ancrée dans la nature, qui se ferait le carrefour de toutes les civilisations à travers la création d’un langage universel, un « pont entre l’Orient et l’Occident »". 

Un lieu que j'ai visité plusieurs fois car j'y emmenais volontiers mes visiteurs et où il nous est arrivé d'avoir comme guide le maître des lieux avec la fougue de son enthousiasme.

Une Maison des Champs devenue musée Robert tatin qui a obtenu en 2007 le label Maison des illustres

Site officiel du Musée Robert Tatin
Robert Tatin, 1902 - 1983, artiste français
Idiosyncrasie, définition du Cnrtl







vendredi 17 février 2017

Regards

Pour l'herbier de poésie chez Adamante

Un titre énigmatique
un visage hermétique
Où sont les fleurs ? Où est le pavillon ?
Cyclopes gracieuses
êtes-vous les femmes-fleurs ?
Cette moue étonnée
ce regard insondable
Rien ne semble l'apaiser.
Où sont les fleurs ? Où est le pavillon ?
Peur, ou colère, ou doute ...
Son refuge est une forêt-fleur.
Le temps d'une halte
les rumeurs du monde qui l'assaillent
sont assourdies du bruissement des feuilles.
Les regards l'atteignent jusque-là.
sont-ils mal ou bienveillants
ces regards de dives malines ?
Le murmure de la vie
reprendra enfin des forces
dans son corps éreinté
Survivre ! Espoir désespéré
Espoir indestructible.
©Jeanne Fadosi, jeudi 16 février 2017
pour l'herbier de poésie 66
à voir chez Adamante
Adamante, Le pavillon des fleurs

Le fil de mon écriture m'a conduit vers Barbara, Chapeau bas, parce que la vie est la plus forte.

jeudi 16 février 2017

Hymne à la beauté, de Charles Baudelaire

Pour le défi n°180 des CROQUEURS DE MOTS Jill Bill, depuis son bateau-château, nous convie à écrire sur une drôle de maison du bonheur et comme tout est affaire de goûts et de couleurs, les fils conducteurs des jeudis poésie (facultatifs) sont "beauté" puis "laideur".
Il y a des mots qui dans ma tête sont comme des boutons-mémoire à bribes de poésie
Là tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté ...
     Baudelaire, L'invitation au voyage
Bien sûr ! Non pas encore, elle est trop connue. Je ne m'en lasse pas d'accord, mais je l'ai déjà mis en ligne plus d'une fois et pas que moi.
Gouguel, stp, poésie + beauté : en troisième occurrence, Baudelaire bien sûr, ce magnifique poème interrogeant le sens, l'origine, le pourquoi de la Beauté.

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.
Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.
Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.
Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.
L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.
Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?
De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
Charles BAUDELAIRE, Les fleurs du mal, Spleen et idéal, éd augmentée de 1861 

Charles Baudelaire, 1821 - 1867, poète
Les Fleurs du mal, première édition 1857 complétée jusqu'à sa mort
Exemple de commentaire composé du poème

griffonnage Jeanne Fadosi pour Je voulais faire silence ...