Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, combien en 2016 ?

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jeudi 17 août 2017

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mercredi 16 août 2017

Forêts, déserts ... et Chateaubriand, pour Jazzy

et sa proposition d'Imagecitation 31 - 6

"Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent"
adage communément attribué à Chateaubriand*

arbre mort dans l'estuaire du Payre, Talmont Saint Hiliare
illustrée par une image piochée sur La Gazette des Olonnes de Martine

* notamment sous la plume du Général de Gaulle (tome XII des Lettres, notes et carnets selon le sociologue Jean-Michel Le Bot dans l'archive ouverte de la revue Socio-logos)
 Clic --->
Une contribution dont je n'ai pas plus les moyens d'en vérifier la pertinence que la possibilité d'explorer la somme immense des écrits de Chateaubriand, ni ceux du Général.

Je n'oublie pas que j'ai quelques réflexions à ordonner sur le poème de Victor Hugo, La conscience;
Ici aussi j'aurai(s) à développer ...

Une piste cependant sans entrer dans une vaine polémique, ce poème de Chateaubriand, avéré celui-ci conforte que dans la pensée de cet homme de lettres pré-romantique du XIXe siècle, la forêt est désert.

La Forêt

Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !
Prestiges de mon cœur ! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons une douce tristesse :
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m’appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,
Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux !
Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;
Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D’autres vous rediront des amours étrangères ;
Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.
François-René de Chateaubriand, Tableaux de la nature, 1784 - 1790*

Il est vrai qu'à l'époque il n'a pas encore fait son voyage en Orient, ni même son voyage en Amérique.

François-René de Chateaubriand, 1768 - 1848, écrivain et homme politique français, précurseur du romantisme
* Préface des Tableaux de nature par Chateaubriand, reprise dans le tome III des Œuvres complètes, éd. Garnier 1861 :
"Tous mes premiers vers, sans exception, sont inspirés par l’amour des champs ; ils forment une suite de petites idylles sans moutons, et où l’on trouve à peine un berger. J’ai compris les vers de 1784 à 1790 sous ce titre : Tableaux de la Nature. Je n’ai rien ou presque rien changé à ces vers : composés à une époque où Dorat avait gâté le goût des jeunes poètes ..."


lundi 14 août 2017

La conscience, de Victor Hugo

Parmi mes rendez-vous récurrents, ceux des CROQUEURS DE MOTS ont pris leurs quartiers d'été de façon radicale cette année, dans le silence joyeux ou besogneux de ses participants.
D'habitude, je maintiens le fil de parution de poésies choisies. Cette année j'ai privilégié le décrochage informatique.
Si je publie  ce poème de Victor Hugo, c'est que je l'ai évoqué dans mon billet précédent, dans son intégralité en espérant qu'il sera lu en son entier. Lu et médité. Lu et relayé de réflexions. Je vous ferai part des miennes dans un billet à suivre --->

La conscience
Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Échevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l'ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes
L'oeil à la même place au fond de l'horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l'on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l'enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l'aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ;
Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d'enfer ;
L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L'oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. »
Alors il « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.
Victor Hugo, La légende des siècles, première série 1859

Victor HUGO, 1802 - 1885, poète dramaturge et prosateur français
Caïn, personnage de la Bible et du Coran, fils aîné de Adam et Ève, premier meurtrier de l'humanité dans la tradition des monothéismes qui en sont issus.

Victor Hugo, dessin de 1855

dimanche 13 août 2017

L’œil, encore

Pour l'Herbier de poésie d'été sur une photo de Susi S proposée par Adamante vers la fin de juillet

"L’œil était dans la tombe et regardait Caïn"
La photo de Susi S a pris son temps sur la Toile pour se dévoiler. C'est le premier écho qui a surgi dans ma tête comme une rengaine neuronale.
Avec en prime dans la mémoire de mon oreille la voix de Gérard Philippe, excusez du peu.
Portant nul souvenir des autres vers de ce poème, ni même du titre. Juste le nom de son auteur et en filigrane l'épisode biblique résumé jusqu'à la caricature pour les petits enfants dans mon premier livre de catéchisme, "La petite histoire sainte" que j'ai appris comme on apprend un livre d'histoires ou de légendes.
Nulle trace dans mon souvenir du poème de Victor Hugo pourtant écouté sur un phonographe.
Juste cette morale que la conscience poursuit le criminel jusque dans la tombe.
"L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn"
Morale abstraite pour une petite fille (trop) sage ayant si peu de choses à se reprocher.
Morale concrète qui l'autorisait à dénoncer à haute voix ce qui la révoltait déjà.
L'injustice, la guerre, la pauvreté, le mépris des autres ...
Avec les mots de quelques autres qu'elle retrouvait dans leurs chansons ou leurs poèmes, certaines interdites d'antenne, Brassens, Vian, Brel, Béart, Eluard, Prévert, Aragon.
L'eau vive, le déserteur, le banquet (Le diable),
Guide pour vivre en harmonie avec ses convictions, au prix quelquefois d'une petite désobéissance.
"L’œil était dans la tombe et regardait Caïn"
Et cet arbre pleure
sur l'humanité abstraite
jusqu'à l'inconscience
Et les hommes se déchaînent
et les arbres désespèrent
L’œil végétal
aurait-il tout avalé
Pour le dernier arbre ?
©Jeanne Fadosi, dimanche 13 août 2017
sur une image de Susi S proposée pour l'Herbier de poésie  

Susi S The beauty of wood
Quand le dernier arbre
aura été abattu
Quand la dernière rivière 
aura été empoisonnée
Quand le dernier poisson
aura été pêché
Alors on saura que l'argent
ne se mange pas
Proverbe amérindien
attribué souvent à Go Khla Ye dit Géronimo

mardi 8 août 2017

La carte mentionnait un camping ...

L'actualité de ce matin Clic ---> et clic ---> m'incite à rééditer le récit d'une des péripéties de vacances dans la Roumanie de Nicolae Ceaușescu  en 1977


Il devait être près de minuit et nous désespérions de trouver un endroit sûr à défaut de confortable pour dormir, même le ventre creux depuis le petit déjeuner au camping de notre précédente étape. Cela faisait des heures et des kilomètres que nous avions cherché en vain le camping repéré pour l'étape de cette nuit. Le poste de police nous avait envoyé dans un lieu si glauque que nous avions vite décampé, au sens strict et nous nous retrouvions l'angoisse au coeur dans une nuit peuplée d'un peuple que le jour cachait soigneusement aux rares touristes qui s'aventuraient hors circuits officiels et voyages organisés de l'autre côté du rideau de fer.
Les jalons, les images d'Epinal du socialisme triomphant savaient à merveille cacher la poussière sous le tapis*.
Le terrible tremblement de terre du début mars 1977 laissait encore ses plaies béantes et tous les estropiés ne pouvaient pas être escamotés. La plupart des ruines disparaissaient pourtant derrière des palissades de fortune. Mais ici, c'était des pans entiers de routes et de ponts qui avaient dévissé le long des pentes et "notre" camping avait été englouti sous le lit de la rivière déroutée au gré des modifications du relief.

Dans notre angoisse, nous avions aperçu de la lumière à la boutique du village. Le gérant et sa collègue terminaient la mise en place du lendemain avant de rentrer chez eux. Nous avions suivi la lumière comme un phare dans la nuit et leur accueil avait été si chaleureux. Il n'y avait ni hôtel, ni foyer d'accueil, encore moins de camping à des heures de route et l'hospitalité nous a été spontanément proposée, hospitalité que nous avons décliné en leur apprenant qu'ils n'avaient pas le droit d'accueillir d'étrangers chez eux et que la sanction de l'infraction était un déplacement dans une autre province et une amende équivalant à une année de leur salaire.
Le verre d'alcool de prune obligatoire avait généreusement arrosé les plantes vertes, mais une ou deux gorgées à jeun avaient sans doute suffi à altérer notre sens du raisonnable. 
Avec le recul et tout ce que j'ai appris de pire que je ne savais déjà à l'époque, nous aurions sans nul doute continué à décliner cette offre si généreuse et si tentante dans notre épuisement et notre désarroi.
Près de trente cinq Quarante ans après les avoir si inconsciemment et égoïstement mis en danger, j'en ai encore des remords.
Nous avons fini par accepter l'hospitalité qui nous était présentée comme un devoir sacré au dessus des lois et qui nous sauvaient des dangers réels de la nuit et de ses maraudeurs impitoyables.
Vasile, le gérant célibataire, logeait dans un foyer collectif mais sa collaboratrice, mère de famille, habitait une petite maison traditionnelle. Ils nous ont nourri avec leur repas préparé pour le lendemain et nous ont laissé leur chambre à coucher en se serrant dans celle de leurs enfants.
A la fin de nos vacances, en repassant par ce village, la maison de nos sauveurs était complètement fermée. Avaient-ils fait valoir que nous n'avions pas d'autre solution ou ont-ils été dénoncé par des voisins et déportés loin de chez eux ?
J'ai su ensuite par un courrier de Vasile qu'ils étaient simplement partis en vacances sur la mer noire, comme ils le faisaient chaque année à cette époque, et qu'ils allaient bien.
J'ai revu Vasile quelques heures, deux ans après, nous nous étions donnés rendez-vous pour l'emmener avec nous à un festival international de danses traditionnelles dans les montagnes frontalières de l'URSS. Une parenthèse enchantée dans son quotidien besogneux.
Il a vieilli, a sans doute fondé une famille comme je l'ai fait quelque temps après.
Son mal être était visible et me serrait le coeur. Qui pouvais-je ? Qu'est-il devenu dans ce monde nouveau qui a bousculé tous les repères et laissé sans ressources tous les baladins qui étaient la vitrine folklorique du pouvoir ? La Roumanie d'aujourd'hui ne ressemble sans doute plus guère à celle que je découvrais naïvement dans mes années de jeune adulte.
Mais cette main tendue, cet accueil chaleureux après des heures de fatigue, de faim puis de peur restent gravés dans mon souvenir.


Je ne me souviens pas du nom de ce village mais il ressemblait à celui-ci avec ses rues en ligne droite, ses larges contre-allées et ses maisons épargnées par le séisme à quelques dizaines de kilomètres de champs de ruines.

jeudi 3 août 2017

Les valeurs personnelles, pour Mil et Une

Réédition pour miletune d'un texte publié en quatre épisodes il y a trois ans pour le défi n°128 des CROQUEURS DE MOTS piloté par M'amzelle Jeanne

René Magritte Les valeurs personnelles, 1952 - clic
Dans le cadre de leurs études, des camarades avaient pour leur professeur eu à faire une enquête auprès de personnes âgées vivant avec le minimum vieillesse. Une étude au croisement de l'économie et de la sociologie du travail et de la redistribution.
Leur travail d'enquête s'appuyait sur un questionnaire détaillé avec des questions à choix multiple puis des questions ouvertes, afin de permettre des comparaisons et des statistiques. Le troisième moment, un entretien libre, était le plus exaltant et le plus difficile.
Quand elles rentraient de ces journées, nous avions pris l'habitude à plusieurs copines de les accueillir à tour de rôle sur le lit d'une de nos chambres qui nous servait de canapé, autour d'un bon thé fumant.
Souvent elles s'effondraient et restaient de longues minutes sans rien dire. Nous respections ce silence dont elles avaient besoin, comme un sas de décompression. 
Nous savions qu'ensuite elles parleraient, un besoin pour évacuer tout ce stress qui à l'époque (nous étions dans les années 70) n'était pas encore nommé.
Leur lieu d'enquête était une maison de retraite pour anciens artistes, créée et fonctionnant grâce à quelques autres artistes philanthropes, plus chanceux et/ou meilleurs gestionnaires.
Que l'on se rassure, nos camarades ne nous ont jamais livré de noms. Elles étaient bien entendu tenues de respecter l'anonymat des enquêtés, qu'ils aient ou non connu la célébrité.
C'est le troisième moment de l'enquête qui était souvent délicat. Ces vieilles dames (dans le spectacle comme ailleurs, les femmes vivaient déjà en moyenne plus longtemps) n'étaient pas avares de confidences. Pour une fois que l'on s'intéressait à elles, comment ne pas user et abuser de cette écoute inespérée.
Presque toutes avaient connu une gloire durable ou plus éphémère au temps du cinéma muet ou de celui d'avant guerre ou du Music-hall et du Cabaret dans leur âge d'or. Elles avaient toutes eu, à une époque plus ou moins éphémère, sinon le monde à leurs pieds, du moins le tout Paris.
Le fracas brutal de leur chute ou leur déchéance progressive avait souvent fait des ravages.
Nos camarades rentraient lessivées de ces entretiens débordant souvent d'aigreur, de mesquineries envers leurs co-locataires imposées, de hargne envers ceux qu'elles évoquaient en souvenir de leurs jours de stars.
Leur cadre de vie, sans être luxueux (on ne faisait pas alors dans la démesure) leur apportait un confort largement suffisant, tel celui de notre résidence universitaire. A ceci près que leurs appartements (une chambre ou un studio) y étaient beaucoup plus spacieux que nos 8 m2 réglementaires, sans compter les salons communs (salle de lecture, boudoirs, salle de musique ...)
Non, ce n'était pas leur misère physique qui était pénible, si l'on fait abstraction des marques du temps et des excès sur leur corps. C'était la misère morale et la solitude intérieure de ces femmes qui avaient mené une vie de luxe et l'avaient pour certaines brûlé par les deux bouts.
Le récit de leurs nostalgies et regrets, l'étonnement qu'elles n'avaient rien anticipé, c'était cela qui était éprouvant à entendre.
Voire, nous le devinions quelquefois aux récits de nos copines, leur désarroi de voir certains mythes (on employait alors l'expression de monstres sacrés, c'est tout dire) que nous avions admiré à la télévision ou même sur grand écran, ou écouté en disques, s'offrir à leur vue, se livrer en mots dans toute leur décrépitude. Et même sans pudeur ni retenue tant ces vieilles femmes étaient avides d'un public, tant la gloire les avaient submergées sans précaution.
Et puis, au beau milieu de ce spectacle affligeant, qui leur serrait un coeur encore plein des illusions de la jeunesse, une petite vieille pétillante, certes plus souvent second rôle et réduite à jouer les utilités, ne regrettant rien, se délectant de bribes du passé, se satisfaisant de son sort.
"Y a pire, n'est-ce pas ? La solitude, la vraie ....  la misère, la faim ... la rue ..."
leur faisant l'offrande avec générosité de ses souvenirs heureux et du sel de sa vie présente, voire de sa sagesse acquise chèrement.
En hommage à Jeanne Moreau qui a eu la générosité d'apparaître en vieille dame en maison de retraite et de prêter ainsi son talent à un premier film en 2015,

©Jeanne Fadosi, réédition sur  l'une des images 17-30_31 de miletune
samedi 26 juillet 2014 pour LES CROQUEURS DE MOTS
remisé ici (1) ; (2) ; (3) ; (4)

mardi 1 août 2017

Une femme libre, éternellement ?

"Une (certaine) incarnation de la liberté" Eternelle, eMmA --->

J'ai écrit le titre d'abord sans point d'interrogation. Et puis il a fallu que j'ai malgré tout la curiosité de lire l'article de Gala, dupée par son titre me faisant croire qu'il était de son fils. Mais non. C'était juste une petite phrase ...
Mais j'ai été surprise d'y trouver de la profondeur sinon de la réflexion.   Et une occasion de m'interroger sur le "phénomène médiatique" : Je reviendrai sur ce point d'interrogation

La nouvelle de la mort de Jeanne Moreau, m'est parvenue en milieu de matinée lundi 31 juillet. Une dépêche brute, vérifiée e, mais non réécrite. Elle n'a été reprise en ces termes que dans la matinée de lundi.
"Elle a été retrouvée sans vie à son domicile parisien par sa femme de ménage"
Les programmes de ma radio habituelle ont laissé la place à des spéciales et des rediffusions pour cette icône du cinéma mondial qui n'a éclipsé ni la grande actrice de théâtre, ni la chanteuse dont les titres sont repris (avec bonheur) depuis deux jours.

Mais ce communiqué initial me trottine dans la tête, me renvoyant à d'autres nouvelles. Je sais que rien de filtrera de ses derniers moments. Le silence unanime des médias est respectable et ... rare.
Privilège du statut si particulier de Jeanne Moreau de forcer ce respect par delà le miroir.
D'accord, je ne lirai pas "la presse people". Ou seulement si ...

Hier matin je venais de décrocher mon téléphone pour souhaiter l'anniversaire d'un proche. Ses quatre-vingt onze ans. Que je n'ai pas eu directement au bout du fil et que j'ai juste entendu demander "qui est-ce qu'on fête ?". Avec la pointe d'ironie que je lui ai toujours connu.
Le "temps" qui passe le retient maintenant de prendre congé avec son éternelle allusion à l'incertitude de la vie.

La dernière apparition au cinéma de Jeanne Moreau en 2015 apporte à un premier film assumant parait-il l'humour et l'autodérision une touche d'émotion pure. L'insuccès de ce film comme de tant d'autres l'a sorti des salles avant que je n'aille le voir. L'aurais-je fait je ne sais pas. Il y a tant de films que je ne vais pas voir.

Si je l'évoque, c'est que j'ai eu le bonheur de voir le dernier film dans lequel une autre grande actrice, Emmanuelle Riva, incarnait une pétillante vieille Dame "Paris pieds nus" Clic --->.

Jeanne Moreau et Tom Dingler, Le Talent de mes amis, 2015
Décès de Jeanne Moreau à 89 ans, Les InRocks
Le talent de mes amis, la critique du film de A voir à lire
Ma mère ce sex-symbol : Jeanne Moreau (Gala)