Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, combien en 2016 ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 19 octobre 2017

Le front, de Maurice Scève

Martine, à la barre du défi n°193 des CROQUEURS DE MOTS depuis son Quai des Rimes nous invitant à parler des belles gambettes invite les poésies du jeudi à célébrer le corps humain (en tout ou en partie).

L'occasion de rééditer un "blason" court poème en vogue au XVIe siècle célébrant une partie du corps humain des femmes de façon plus ou moins explicite en mode élogieux ou satirique pour ne pas dire goujat.

Si je choisis précisément en ce 19 octobre 2017 ce poème, c'est que depuis quelques jours tout autour de la planète internet, "elles" ont le front de #balancetonporc#. Enfin, pas de dire des noms qui exposerait à des poursuites pour diffamation, du moins de dire les actes et les paroles inacceptables.

Il ne s'agit pas d'allumer ou de raviver une vaine et piteuse guerre des sexes mais de dénoncer enfin des comportements inadmissibles jusqu'ici passés sous silence et communément banalisés.

Maurice Scève, tout en se pliant à cet exercice convenu et le plus souvent graveleux d'hommes sûrs de leur domination sur les femmes du XVIe siècle, est l'un des ambassadeurs de son époque pour l'égalité des hommes et des femmes, pour la reconnaissance de leur égale intelligence et leur accès à l'éducation et à la culture.

Voici d'abord la version adaptée en français moderne, trouvée ICI ---> avec un exemple de commentaire composé de bac de français, suivie du texte d'origine.

Le front

(orthographe modernisée)


Front large et haut, front patent et ouvert,
Plat et uni, des beaux cheveux couvert :
Front qui est clair et serein firmament
Du petit monde, et par son mouvement
Est gouverné le demeurant du corps :
Et à son vueil sont les membres concors :
Lequel je vois être troublé par nues,
Multipliant ses rides très-menues,
Et du côté qui se présente à l’œil
Semble que là se lève le soleil.
Front élevé sur cette sphère ronde,
Où tout engin et tout savoir abonde.
Front révéré, Front qui le corps surmonte
Comme celui qui ne craint rien, fors honte.
Front apparent, afin qu'on pût mieux lire
Les lois qu'amour voulut en lui écrire,
Ô front, tu es une table d'attente
Où ma vie est, et ma mort très-patente !


Le Front

Front large et hault, front patent et ouvert,
Plat et uny, des beaux cheveulx couvert :
Front qui est cler et serain firmament
Du petit Monde, et par son mouvement
Est gouverné le demeurant du corps :
Et à son vueil sont les membres concors :
Lequel je voy estre troublé par nues,
Multipliant ses rides tresmenues,
Et du costé qui se presente à loeil
Semble que la se lieve le soleil.
Front élevé sur cette sphère ronde,
Où tout engin et tout sçavoir abonde.
Front reveré, Front qui le corps surmonte
Comme celuy qui ne craint rien fors honte.
Front apparent, affin qu'on peult mieulx lire
Les loix qu'amour voulut en luy escrire,
O front, tu es une table d'attente
Où ma vie est, et ma mort trespatente.

Maurice Scève, 1536.



Maurice Scève, poète français, 1501 - 1564, professeur et ami de Pernette du Guillet, ~1520 - 1545, poétesse élève et amante platonique de Maurice Scève, contemporaine de Louis Labé. Nous devons au mari de Pernette du Guillet de connaître ses poèmes grâce à la publication posthume qu'il a fait de ses carnets.

Mona Lisa, dite La Joconde, peinture à l'huile sur bois de Leonardo da Vinci, date incertaine entre 1503 et 1506 ou 1513 à 1516 ou 1518, la peinture de référence en matière d'art pictural.
Leonard de Vinci, 1452 - 1519, peintre florentin et grand savant et créateur




mercredi 18 octobre 2017

Fadosi continue ici

Billet d'accueil

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Les canards de Donald

Ben oui, incontournable le clin d’œil au célèbre emplumé de Walt Disney si l'on veut éviter les allusions d'actualité à un éléphant qui trompe énormément (mais non pas celui-ci Clic ---> ni celui-là :



pas même celui-là Clic --->

Donald, qui en veut sans doute à ses parents d'avoir reçu ce prénom pourtant attribué en hommage à certain GI de la libération vous convie à faire halte ce mercredi du côté de Rouen, en Normandie :



Donald en a mare
des feuilles qui tombent dans la mare
en voletant sur ses canards.

Les cloches sonnent monotones
les arbres se parent de l'automne
saison où les pommes sont bonnes.

Mais Donald en bave
quand on lui dit qu'il se gave
promettant une maladie grave.

Non Donald n'est pas du sud-ouest
Natif et fermier du nord-ouest
qu'on se le dise tonnerre de Brest !

Et s'il élève des canetons
dans la plus pure tradition
de sa région pour la saison

Ils courent en toute liberté
dans l'herbe verte de son pré
à la mi-ombre des pommiers

ils finiront près de Rouen
en recette de canard au sang
en attendant ils sont contents.
Bon sang de bon sang !

costume traditionnel région de Rouen
tenue paysanne et tenue de fête, milieu XIXe siècle
GROUPE FOLKLORIQUE NORMAND DE ROUEN / CROISSET - LE BOIS D'ENNEBOURG


Rouen, Seine maritime, Normandie ancien duché de Normandie

Les prénoms de la saison 9 (liste prévue jusque fin novembre)

Oui, vous avez bien lu saison 9 ! et comme je me répète de septembres en septembres :
Il y a des traditions dont on ne se lasse pas. C'est ce que j'écrivais pour ouvrir le même billet que celui-ci pour la saison 4, copié-collé en modifiant les numéros pour la saison 5, puis rebelote pour les saisons 6 et 7 et 8.
Pour la 9ème saison, la guinguette des prénoms du mercredi, créée par Bigornette, continue joyeusement sous le préau de Jill Bill, vous savez, dans  La Cour de récré de JB.

Comme la saison passée, je continue mon petit tour des provinces de France, de Navarre et au-delà. *Entre parenthèses le numéro du département (84) Vaucluse : descendre sous le tableau des prénoms pour voir la carte

prénoms prévus jusqu'à fin novembre 2017 :


1 Ange d'Orange (m) (84)*mercredi 6 septembre 2017
2 Ethel de Vittel (f) (88)
Adonis près de Nangis (m) (77)
mercredi 13 septembre 2017
mercredi 20 septembre 2017
4 Ute de Carquebut (f) (50)mercredi 27 septembre 2017
5 Conogan le Vendéen (m) (85)mercredi 4 octobre 2017
6 Bretemette de Charleville (f) (08)
7 Les canards de Donald (m) (76)
mercredi 11 octobre 2017
mercredi 18 octobre 2017
8 Maine (f)mercredi 25 octobre 2017
9 Toussaint (m)mercredi 1 novembre 2017
10 Sixtine (f)
11 Corneille (m)
mercredi 8 novembre 2017
mercredi 15 novembre 2017
12 Quitterie (f)mercredi 22 novembre 2017
13 Simon (m)mercredi 29 novembre 2017
14  (f)
15  (m)
mercredi 6 décembre 2017
mercredi 13 
décembre 2017
16  (f)mercredi 20 décembre 2017
17  (m)  mercredi 27 décembre 2017
18  (f)
19  
(m)
mercredi 3 janvier 2018
mercredi 10 janvier 2018 
20  (f)mercredi 17 janvier 2018
21  (m)mercredi 24 janvier 2018
22  (f)
23  (m)
mercredi 31 janvier 2018
mercredi 7 
février 2018 
24  (f)mercredi 14 février 2018
25  (m)mercredi 21 février 2018
26  (f)
27  (m)
mercredi 28 février 2018
mercredi 7 mars 2018 
28  (f)
29  (m)
30  (f)
31  (m)
32  (f)
33  (m)
34  (f)
35  (m)
36  (f)
37  (m)
38  (f)
39  (m)
40  (f)
41  (m)
42  (f)
43  (m)
mercredi 14 mars 2018
mercredi 21 mars 2018
mercredi 28 mars 2018
mercredi 4 avril 2018
mercredi 11 avril 2018
mercredi 18 avril 2018
mercredi 25 avril 2018
mercredi 2 mai 2018
mercredi 9 mai 2018
mercredi 16 mai 2018
mercredi 23 mai 2018
mercredi 30 mai 2018
mercredi 6 juin 2018
mercredi 13 juin 2018
mercredi 20 juin 2018
mercredi 27 juin 2018
***


Et bien sûr retrouvez la liste des prénoms chez Jill Bill
ainsi que, mercredi après mercredi, autour de midi, les liens du rassemblement chez Jill Bill

Les prénoms du mercredi de la Récréa-bigornette se retrouvent
aux Prénoms du mercredi de la saison 1,
et ceux de La cour de récré de JB avec mes participations aux Prénoms du mercredi :
saison 2 ; saison 3 ; saison 4 ; saison 5 ; saison 6 ; saison 7 saison 8
Si vous voulez connaître la genèse de cette aventure ludique,
Bigornette s'en explique ICI.

lundi 16 octobre 2017

Oyez les Croqueurs ! Défi n°193 en partance depuis Le Quai des Rimes !

Ohé Matelots, Capitaine Domi a confié la barre de la goélette des Croqueurs de Mots à Martine pour le défi 193 et c'est avec plaisir qu'elle vous le propose dès ce lundi depuis le ponton de son Quai des Rimes.


A pied d'oeuvre et peut-être au pied levé, à nous de partir du bon pied et sans perdre pied pour lui conter combien cela fait une belle jambe.

vendredi 13 octobre 2017

Mère Gé

Sur la proposition pour la page 88 de l'Herbier de poésies

UUTAÏ Olena, femme chamane de Sibérie
Mother-Earth Song in Mariinsky Opera
Chant de Mère-Terre, opéra de Mariinsky

Mère Gé
Il y a urgence
à entendre sa clameur
le prélude va à l'os
fortissimo
écoutez
les grandes orgues
des cathédrales de glace
aux aurores boréales
écoutez écoutez
le glissendo
torturé
violenté
des grains de sable
dans la marche des dunes
aux déserts hurlants
frissonnant
de cri en écho
d'écho en cri
la même clameur
la même plainte
des tropiques aux pôles
du ponant au levant.
La chamane en éveil
réveille
les univers sonores
des steppes
de l'Asie centrale
des prairies
du middle west
des forêts de l'Amazonie
ou d'Indonésie
Fermer les yeux
Ecouter
le loup de Jack London
la hulotte du moulin de Fontvielle
les chevauchées sauvages
de Mongolie ou de Camargue
les plaintes muettes des peuples
pygmée
aborigène
raoni
maori
Laisser venir les visions
la mangrove
jamais vue
qu'en images
le colibri
quelquefois en cage 
le médaillon
du morpho bleu

Et en voix off "l'homme ombre"
murmurant son poème 
à l'oreille des humains.
©Jeanne Fadosi, mercredi 11 octobre 2017
à découvrir avec les autres brins sur la page 88 de L'Herbier





















Morpho, papillons aux bleus métalliques d'Amérique centrale et d'Amérique du sud

jeudi 12 octobre 2017

Les trois messes basses, de Alphonse daudet (extrait, la 2e messe)

Moi-même à la barre du défi n°192 des CROQUEURS DE MOTS, vous invitant une fois de plus à explorer le temps qui passe vous laisse libre-choix pour les jeudis / poésies ou sur les mots clés vitesse et ou lenteur.
Une fois n'est pas coutume (pour moi) et anticipant deux semaines bien chargées, je m'étais hâtée de programmer pour aujourd'hui un poème de la Renaissance que vous avez découvert jeudi dernier chez Colette "Sur ses ailes, Amour, d'un vol en pleine vitesse" deMarc PAPILLON DE LASPHRISE, recueil L'Amour passionnée de Noémie***, 1597.
Il n'y a pas à dire, les poètes de la Renaissance s'y connaissaient dans l'art de dire les choses ...
Je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous la  note*** :
(***) à noter : en ce temps-là, amour était le plus souvent écrit au féminin tant au singulier qu'au pluriel. L'orthographe n'était d'ailleurs pas rigide comme maintenant. Il a été fixé par les académiciens à partir de la création par Richelieu de cette vénérable institution en 1634-1635.

Du coup, en avance sur notre calendrier festif, vous aurez de la prose, mais quelle prose poétique !

Les trois messes basses (extrait la 2ème messe)

[ . . . ]
À part ces légères méprises, le digne homme débite son office très consciencieusement, sans passer une ligne, sans omettre une génuflexion ; et tout marche assez bien jusqu’à la fin de la première messe ; car vous savez que le jour de Noël le même officiant doit célébrer trois messes consécutives.

— Et d’une ! se dit le chapelain avec un soupir de soulagement ; puis, sans perdre une minute, il fait signe à son clerc ou celui qu’il croit être son clerc, et…

Drelindin din !… Drelindin din !

C’est la seconde messe qui commence, et avec elle commence aussi le péché de dom Balaguère.

— Vite, vite, dépêchons-nous, lui crie de sa petite voix aigrelette la sonnette de Garrigou, et cette fois le malheureux officiant, tout abandonné au démon de gourmandise, se rue sur le missel et dévore les pages avec l’avidité de son appétit en surexcitation. Frénétiquement il se baisse, se relève, esquisse les signes de croix, les génuflexions, raccourcit tous ses gestes pour avoir plus tôt fini. À peine s’il étend ses bras à l’Évangile, s’il frappe sa poitrine au Confiteor. Entre le clerc et lui c’est à qui bredouillera le plus vite. Versets et répons se précipitent, se bousculent. Les mots à moitié prononcés, sans ouvrir la bouche, ce qui prendrait trop de temps, s’achèvent en murmures incompréhensibles.

Oremus ps… ps… ps…

Mea culpa… pa… pa…

Pareils à des vendangeurs pressés foulant le raisin de la cuve, tous deux barbotent dans le latin de la messe, en envoyant des éclaboussures de tous les côtés.

Dom… scum !… dit Balaguère.

… Stutuo !… répond Garrigou ; et tout le temps la damnée petite sonnette est là qui tinte à leurs oreilles, comme ces grelots qu’on met aux chevaux de poste pour les faire galoper à la grande vitesse. Pensez que de ce train-là une messe basse est vite expédiée.

— Et de deux ! dit le chapelain tout essoufflé ; puis sans prendre le temps de respirer, rouge, suant, il dégringole les marches de l’autel et…

Drelindin din !… Drelindin din !…

C’est la troisième messe qui commence.
[ . . . ]
Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, Les trois messes basses, 1869 1e éd.

Si vous avez l'envie de relire ou de découvrir ce délicieux et impertinent conte de noël c'est ici :

Les trois messes basses, de Alphonse Daudet (I) ; (II) ; (III)


Abraham van Beijeren,
Nature morte avec fruits et volailles, ~1651
Alphonse Daudet, 1840 - 1897, écrivain et auteur dramatique français
Lettres de mon moulin, de Alphonse Daudet, 1e éd. 1869

mercredi 11 octobre 2017

Heures de hasard, herbes de pluie

Pour l'Herbier de poésies, sur une idée lancée avec la page 84 au début de septembre pour un édition au début d'octobre.

dimanche 3 septembre, onze heures

Après les pluies de chaleur
les panicules du maïs

caressent le voile
estompant le soleil
pour le déchirer.


lundi 4 septembre, en début d'après-midi

Vaine quête de hasard
ils cherchent fortune
dans un trèfle à quatre feuilles

Les brins emperlés
scintillent dans la lumière
trésor d'abondance

mercredi 6 septembre, en début de soirée


Le linge est lavé
Le soleil encourageant
Le vent polisson

Le faire sécher sur le fil
comme pour prolonger l'été ...


samedi 9 septembre, dix heures du matin

Soudaine et brutale
la rincée drue de l'orage
a fait fuir l'abeille




lundi 9 octobre, onze heures du matin
Pluies douces de la nuit
soleil tiède des journées
l'herbe est à la fête

en début de soirée
Petit peuple des herbes folles
gardez-vous de la tondeuse

onze heures du soir
Que fais-tu dans ma maison
jeune crapaud étourdi ?

Ignores-tu que le confort des gîtes humains est un piège mortel pour tes frères ? Le chat en a retrouvé un, il y a quelques semaines, dans les outils de jardin. Fuyait-il la canicule ? La nature, bonne fille, l'avait momifié.

Je te rends ta liberté
dans l'herbe fraîche des pierres.

mardi 10 octobre, dix heures du matin

Pluie et soleil au rendez-vous
de l'autre côté de la vitre
festin de roi pour le verdier.




©Jeanne Fadosi, textes de l'instant collectés mardi matin 10 octobre 2017
pour les pages autour des herbes - 87e édition de l'Herbier de poésies


Bretemette de Charleville

Charleville-Mézières dans les Ardennes. D'accord cela ne rime pas avec Bretemette mais quand vous saurez que Charleville-Mézières organise tous les deux ans un festival de marionnettes de réputation mondiale, et que c'était en septembre dernier, vous comprendrez pourquoi j'y fais étape en ce mercredi des prénoms pour la Cour de récré de JB.

Bretemette reine de fils et de baguettes
pour animer ses marionnettes
Tous les jours de l'année répète
pour le jour de la compèt'.

Bretemette pendant la semaine
au fin fond de ses Ardennes
pour son métier se démène
avec bouts de tissus et laine.

Ses doigts de fée font merveille
elle en rêve même dans son sommeil
Aux demandes elle prête l'oreille
quand on vient demander conseil

A Charleville elle tient boutique
et même des stages périodiques.
Jamais elle ne fait de réplique
toutes ses poupées sont uniques.

diaporama, festival 2015, Charleville Mézières



festival des théâtres de marionnettes, Charleville-Mézières 2017

Marionnette définition
Festival mondial des théâtres de  marionnettes de Charleville-Mézières
Charleville-Mézières, Chef-lieu du département des Ardennes, ancienne principauté d'Arches (prononcer Arque) créée en 1608 en même temps que la ville de Charleville.

La liste des prénoms chez Jill Bill et Les liens du rassemblement
Mes prénoms saison9 ; Mes prénoms saison8 ; Mes prénoms saison7 ;
Avec un salut amical spécial à  Bigornette , 
Présidente d'honneur de La cour de récré de JB

lundi 9 octobre 2017

Défi n°192 : "En une heure,"

Moi-même à la barre du défi n°192 des CROQUEURS DE MOTS, je vous invite une fois de plus à explorer le temps qui passe avec la consigne suivante :
"Racontez ou inventez les temps forts d'une heure de votre vie en un minimum de mots. (Idéalement au plus l'équivalent d'une dizaine de nouveaux tweets de 280 caractères)."
A titre d'exemple la consigne précédente fait 2 phrases, 28 mots et 170 caractères.
J'avais initialement l'envie de vous conter brièvement une tranche de vie récente dans la même veine qu'un des premiers billets que j'avais produit dans la blogosphère Clic ---> en septembre 2008. Mon premier jet étant beaucoup trop bavard j'ai eu ensuite l'idée de dégraisser ce vieil article. Croyez-moi, cela n'a pas été facile mais selon OpenOffice, le texte qui suit fait exactement 2796 caractères. Ouf !.
Samedi, jour de marché. C'est cher mais meilleur qu'au supermarché .
11 h15, heure d'affluence. Je ne sais pas me lever tôt. Je n'aurai plus de poireaux en ce début de saison. Les files sont clairsemées, le sens devant l'étal indécise. (un maraîcher qui ne vend que sa production).
Je quitte la place, capte des bribes de phrases entre camelots. Une marchande de légumes se la joue écolo en vendant très cher des choses pas bio ni de saison. Des friqués adorent, tant mieux pour elle.
- les gens menaient leurs gosses à 9 heures et les reprenaient à midi. Ils venaient au marché entre deux. Maintenant ?
Au supermarché le parking est plein. Plus de collège ou d'école privée, on zappe le marché.
A l'intérieur, les allées sont aérées. Un monsieur me propose d'attraper un paquet trop haut. On m'aide. C'est une première !
Au rayon sucre une jeune femme rate une boite. Pour faire de l'esprit, je lui souris que pour les jeux olympiques, il y a encore du boulot.
Son visage dit la contrariété puis la perplexité pendant que ma phrase, anodine, atteint son cerveau. Il faut une minute. Je m'éloigne quand elle me répond "Ah oui, en effet !" avec un rire léger.
Ouf, but atteint mais ce n'était pas gagné.
Dimanche, le film de Mike Leigh "Be happy"m'a enthousiasmé. Sa légèreté n'occulte pas la noirceur du monde, mieux, elle parvient au spectateur subtilement.
Depuis que j'ai dépassé des malheurs qui ont abîmé ma vie, (tout reste fragile), j'observe autour de moi avec acuité, ce n'est pas un défaut, et interviens au besoin, ce qui est perçu comme intrusif. Si mon regard, du fond de ma mémoire, a toujours été en éveil,  ma posture active est récente.
J'ose me mêler de ce qui ne me regarde pas. Ma spontanéité me vaut parfois des faux pas, mais tant mieux quand un visage se déride.
Plus âgée et avec d'autres préoccupations, je me retrouve dans l'obstination de l'héroïne du film à faire sourire les gens.
12h15. J'atteins les caisses. Il y a un peu d'attente mais les clients sont peu nombreux. Devant moi, une trentenaire attend avec une baguette. Lui dirai-je qu'il y a une caisse rapide et des bornes ? Son attitude ne m'y incline pas. Quelques minutes de danse sur ses pieds, elle laisse le pain en râlant. "Une heure de queue pour un article !" Comme si le monde entier tournait pour elle !
Ma face doit afficher mon amusement. La vieille dame devant vide péniblement ses achats sur le tapis, s'excuse de sa lenteur.
- Bah, on a bien le temps tout de même ! je lui dis.
Sa réponse et son un air malicieux me lave de la mesquinerie précédente :
- on trouvera  bien le temps de mourir !
J'acquiesce avec chaleur cette personne lucide osant parler de finitude sans pathos. Ses yeux rieurs, le contenu de son caddy, disent son amour de la vie.

Ludovic Piette, Le marché aux légumes
Pontoise, place du petit Martroy, 1876