Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, combien en 2016 ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

samedi 23 septembre 2017

Fadosi continue ici

Billet d'accueil

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Profitez des instants de la vie :
le temps s'écoule à sa cadence,
trop vite ou trop lentement,
sans retour possible
Pourquoi Fadosi ?

vendredi 22 septembre 2017

La vie en couleurs

Sur l'image proposée pour la page 86 de l'Herbier de poésies

Sur la page blanche
mille pensées vagabondent
réveillant mille ombres

Danse la vie qui s'éveille
s'animant de mille vies
Un poney étonné, la chèvre de Monsieur Seguin. la Mère Michèle qui n'en peut mais s'est étalée parmi les trèfles.
Un punk a crié
et sa crête dégouline
en rouge sanguine.

Le chat noir de Mélusine
prévient la chèvre insouciante
Le jaune a dessiné un soleil. Quelle drôle d'idée, des escarpins dans la prairie ! chante la blanche colombe au gracieux pégase azuré, se moquant gentiment de la dame étalée. Et la source en son pied ruisselle en flaque bleue.
Sur la page blanche
dansent toutes les couleurs
d'une lumière arc-en-ciel
La robe blanche est restée immaculée. Au milieu coulera une rivière
©Jeanne Fadosi, mercredi 20 septembre 2017
à découvrir avec les autres brins sur la page 86 de L'Herbier

Jamadrou  décembre 2016
Marbling  de  20/15 cm sur papier
puis petits croquis aléatoires aux pinceaux et encres de couleur
 (les couleurs de "Oups!" ont fait écho à celles de cet ancien dessin;
c'est ainsi qu'il a refait surface.. )
 

jeudi 21 septembre 2017

Violaine, pas si vilaine, de Jeanne Fadosi

Je laisse au choix pour les Jeudis / poésie nous a dit Jill Bill désignée à la barre des CROQUEURS DE MOTS pour le défi n°191 à broder sur l'expression "Se tuer à la tâche" hardiment illustrée.
Notez que le calendrier de Dômi me désigne pour être à la barre du défi suivant dont la feuille de route sera affichée lundi 2 octobre.

J'opte souvent pour une poésie choisie. M'en voudrez-vous si je fais aujourd'hui de l'auto-citation en rééditant cette chanson inspirée des chants traditionnels que j'avais commis pour les prénoms du mercredi de Jill Bill en 2012 :

Violaine, pas si vilaine
Violaine n'était pas si vilaine
Que la fille de la fontaine
qu'on appelait Marjolaine
pour qui un beau capitaine
un jour avait tout quitté
Violaine avait un bas de laine
Qu'elle remplissait avec peine
Semaine après semaine
Pour s'acheter le domaine
Qu'un jour elle pourrait payer
Violaine a vu le capitaine
Le coeur chaviré de haine
Il lui a passé les chaines
A bu ses écus d'aubaine
et dans l'eau s'allèrent noyer
Marjolaine pleure Violaine
et son pauvre capitaine
L'eau de la claire fontaine
N'adoucira pas sa peine
Pour une rose refusée
Jeanne Fadosi, lundi 20 février 2012
pour le prénom du mercredi 22 de JB




Et parce qu'hier, j'ai suivi jusqu'à la fin du débat la soirée thématique de France3 autour du téléfilm "Le viol" tiré d'une histoire vraie qui a, par le courage des victimes et la ténacité de l'avocate Gisèle Halimi, permis que le viol ne soit plus considéré comme un simple délit mais comme un crime. La loi a d'ailleurs été modifiée ensuite mais de la loi à la justice il y a encore tant à faire pour l'évolution des mentalités et surtout l'éducation et la prévention.


mercredi 20 septembre 2017

Adonis près de Nangis

Remontons du midi de la France vers les terres généreuses du Bassin parisien irriguées par la Seine et la Marne

Adonis vit près de Nangis
éclusier de père en fils
Il fait la joie des mariniers
En chantant comme un gondolier.

Il chante de tout son coeur
un répertoire qu'il connait par coeur
notamment les chansons de Pierre Perret
pendant que leurs péniches sont à l'arrêt.

Bientôt il prendra sa retraite
Fini d'entendre ses chansonnettes.
L'écluse pilotée par informatique
va devenir automatique.

Il pourra dans sa Brie natale
Qui sait s'inscrire dans une chorale
Ou partir au soleil de Vallauris
séduire les lavandières en digne Adonis.

Nangis, Seine et Marne, Île de France, Brie
Pierre Perret, chanteur compositeur interprète français habitant près de Nangis depuis 50 ans (clic--->)
Le Brie, fromage

Un groupe folklorique briard : le groupe de Lagny en Brie Clic --->


Mes prénoms saison9 ; Mes prénoms saison8 ; Mes prénoms saison7 ;
Avec un salut amical spécial à  Bigornette , 
Présidente d'honneur de La cour de récré de JB


lundi 18 septembre 2017

Oyez les Croqueurs ! Info Coquille ...

à consulter sur le blog des CROQUEURS DE MOTS pour les prochains défis :



et si j'ai bien tout compris, c'est Jill Bill qui devrait dévoilé la destination du défi n° 191 depuis son Château "incessamment sous peu ..."

samedi 16 septembre 2017

Un instant s'il vous plait

Un chapeau, le verbe écrire, un manège de chevaux de bois, une standardiste et un cuisinier du dimanche, tels sont les ingrédients de la recette du Nid des mots de septembre.

Elle était encore en retard et n'avait pas pris le temps d'enlever son chapeau. Dire qu'elle avait postulé pour un poste de standardiste et surtout pas d'hôtesse d'accueil ! Elle n'en pouvait plus de dire aux uns, "je vous prie de patienter, je vous mets en attente" et aux autres "une minute svp, je suis en communication". En douce, elle répondait à ses sms et mels privés : " des tours au manège de chevaux de bois ? si tu est sage et fais bien tes devoirs mon lapin" à son trésor de fiston roi ; "ce que tu veux mon chéri, pourvu que ce ne soit pas du lapin !" à son cuisinier du dimanche de mari qui la sollicitait pour les menus de fin de semaine.
Promis pour le prochain CDD elle ne répondrait qu'aux annonces recherchant des biographes. Il lui faudrait encore écouter, ça, elle savait faire. Mais elle devrait être attentive à une seule personne à la fois et cela changeait tout ! Depuis qu'elle avait vu le film "Nelly et Monsieur Arnaud" elle rêvait d'écrire des histoires de vie.


vendredi 15 septembre 2017

Un monde foutraque

Sur l'image proposée pour la page de l'Herbier de poésies 85

Est-ce un clown triste ou joyeux ?
Un clown étonné ?
Est-ce le monde échevelé ?

Il tâtonne encore, le petit être venu de quelque part dans un coin de nos plurivers. Son langage à lui passe par les couleurs. Il peut à souhait se faire invisible ou coloriser son espace. Il a observé les humains et apprend en tatonnant à se faire une enveloppe corporelle.
Il tâtonne et il hésite. Ce monde lui parait si "foutraque". Allez savoir pourquoi il s'est entiché de ce mot déjà désuet ...foutraque, foutraque, foutraque.
Il traque les intelligences, les choses, les écueils, les mots. Ici le langage passe par les sons et les signes. Il les décortique, les associe, les réunit.
foutraque ! 
Oups ! Celui-ci, il l'a adopté dès qu'il l'a entendu. Un simple son qui veut dire tant ! Qui traduit si bien l'état d'étrangeté de ce qu'il observe comme celui du désarroi qui l'habite, maintenant qu'il est arrivé sur terre, ni vu ni connu.
en lien mon texte Le visiteur
©Jeanne Fadosi, jeudi 14 septembre 2017
à découvrir avec les autres brins sur la page 85 de L'Herbier

Oups, de Adamante



jeudi 14 septembre 2017

Revenue, de Renée Vivien

Un défi n°190 pour les CROQUEURS DE MOTS proposé par Cap'tain Dômi, les mots clé VOYAGE pour le premier jeudi poésie et RETOUR pour le second jeudi poésie.

Mon choix pour le départ était lugubrement beau, dans la force de mots simples et d'un vers répété. Alors je me rattrape en vous proposant cet autre poème de Renée Vivien.

REVENUE
Voici, je t’ai reprise et je t’ai reconquise…
J’attendais ici, pour le fêter, ton retour…
Que tu parais exquise, en ce fauteuil assise !
Je t’aime mieux qu’au jour premier de notre amour.
Tu n’as pas su comprendre et j’ai paru moins tendre,
Ce fut l’éloignement de moi, de ton amant !
Je suis lasse d’attendre et je viens te reprendre,
Et c’est l’enivrement de l’unique moment.
Irréelle et suprême à l’égal d’un poème,
La splendeur du revoir a dépassé l’espoir…
Et te voici toi-même, ô la femme que j’aime !
Et tu reviens t’asseoir près de moi dans le soir…
Renée Vivien, Sillages, 1908

Vu que la dame a eu une vie courte et intense, intensément scandaleuse aussi sans doute dans cette époque, et vu l'éloignement dans le temps des deux poèmes (1903 et 1908) et leur publications dans des recueils différents, celui-ci n'a sans doute rien à voir avec le premier.



mercredi 13 septembre 2017

Ethel de Vittel

Pour cette deuxième étape des prénoms du mercredi, je serais bien volontiers restée un peu dans la douceur de l'Estérel, mais mes rêveries m'ont menées dans les Vosges, quoique ...

Ethel de Vittel
Vous auriez pu la croire une bretonne d'Etel
En vrai elle ne connait même pas la mer
Elle passe toutes ses vacances à Gérardmer
depuis qu'elle est née à Vittel.
Elle est fière de son grand-père pharmacien
et de ses pastilles douces aux maux de gorge
même si elle appréciait aussi les sucres d'orge.
Depuis bien longtemps les bonbons ne sont plus vosgiens.
Elle sait bien que les sucreries gâtent les dents.
Du coup elle s'est amouraché d'un dentiste de Vichy
avec qui elle s'est pacsé sans chichi.
Il l'a rejointe à Bains-les-Bains
où elle tient une confiserie
pour y soigner les caries.

Vittel, Vosges, duché de Lorraine, ville d'eaux célèbre pour son eau de Vittel
Gérardmer, Vosges, Lorraine, ville touristique grâce à son lac notamment avec l'arrivée du chemin de fer en 1878.
Bains-les-Bains, Vosges, Lorraine autre ancienne commune thermale fusionnée avec deux autres dans la commune nouvelle de La Voge-les-Bains. Site thermal connu pour ses sources chaudes depuis l'époque gallo-romaine.
La Vosgienne, pastilles à base de miel, d'eucalyptus et de sève de pin des Vosges (à l'origine) créée en 1927 par un pharmacien vosgien qui la transfère à Saint-Quentin en 1952 avec le succès de la forme du bonbon. Rachetée depuis par de grands groupes de confiserie, elle est actuellement farbiquée en Espagne.
Vichy, Allier, Auvergne puis Bourbonnais, ville thermale
Gastronomie des Vosges et de Lorraine

Vosgiennes et Vosgien, costume traditionnel

Jurondé, danse traditionnelle vosgienne par les Chettas de Xertigny

Mes prénoms saison9 ; Mes prénoms saison8 ; Mes prénoms saison7 ;
Avec un salut amical spécial à  Bigornette , 
Présidente d'honneur de La cour de récré de JB

lundi 11 septembre 2017

Défi n°190 : Deux naissances à la Une

"Et si Jésus naissait de nos jours…
Cela donnerait la «une»  dans tous les journaux télévisés …
A vous de broder autour de cette histoire."
Telle est la consigne de notre Câpitaine Dômi pour ce défi n°190 des CROQUEURS DE MOTS qui ouvre la nouvelle saison.
Je dois dire que pour la rentrée, Dômi fait fort ! Un sujet dont je ne voyais pas trop par quel bout le prendre. Jusqu'à ce matin-là et le souvenir de mon dernier rêve. J'ai brodé tout autour bien sûr pour en faire une histoire, mais l'essentiel est là.
Allez savoir déjà comment dans le rêve un chien brun s'est transformé en vache blanc-beige. Et qu'est-ce que c'était cette poche grise qui pendouillait sous son ventre et ... mais oui elle devenait de plus en plus grande et lourde jusqu'à tomber de ... son  nombril. De plus en plus intrigant ! D'ailleurs la vache semblait elle-aussi déroutée par cette bulle inattendue. Meu-euh ...
-Bêêêêh !!!!!
Je n'avais pas la berlue, j'entendais bien.
- Ben v'là aut'chose, la Rose qui vèle d'un biquet !
- Mais non voyons, c'est un veau, regarde ses pattes, là et cette tête, ici qui cherche déjà le pis de la Rose.
- Bêêêêhhh !!!!
Aucun doute la poche comptait plusieurs nouveaux-nés. Quatre, c'était inédit et ...  beaucoup trop ! Tu crois qu'ils sont morts ? Ces deux-là en ont bien l'air ! Quel dommage. C'était un beau veau !
- et une belle biquette ! Incroyable ! et tiens j'te l'disais bien. Y a un veau à tête de chèvre et une chèvre à tête de veau qui ont l'air bien vivants.
- Mais comment est-ce possible ? On a sauvé la Rose de la réforme pour une douce vieillesse. Tu es sûre que le véto n'a pas fait d'insémination artificielle en douce ?
- Oh c'ti-là, aucun risque, il nous l'aurait fait payer. D'ailleurs la Marguerite nous a donné un bien joli p'tit veau il y a deux jours. Alors ???
- Alors c'est l'immaculée conception !
- Non !!!!
- Si !!!! A moins que ...
- A moins que quoi L'Emile ? Toi aussi tu penses au Deux Pan du père Grégoire ?
- Pas Deux Pan la Marie, Dieu Pan ! comme le héros de la mythologie grecque.
- mouais ... Je croyais pourtant que ce qu'on disait de sa femme était des racontars.
- Tu as sans doute raison, la Jeanne. Moi je crois qu'elle s'est enfuie parce que le Grégoire, quand il revenait du marché et qu'il avait bien trop bu, il la battait comme plâtre ! Il était bien content que la rumeur la fasse passer pour une sorcière du Sabbat.
- N'empêche que ces bestioles sont bien troublantes. Une vache et un bouc ?
- Un vieux bouc la Jeanne et à moitié châtré en plus.
- Ah oui j'avais oublié ce "détail".
- L'père Grégoire avait missionné sa femme chez le vétérinaire. C'était une autre époque qui ne suscitait aucune protestation. Il parait qu'on les leur coupait à cru et que la pôv bête a tellement crié à la première que la pôv femme touchée par la souffrance du bouc a demandé au vétérinaire d'arrêter. C'est après ça qu'elle est partie tiens !
- Ah mon Emile ! Ce n'est pas "il parait", j'étais dans la salle d'attente. Je n'ai pas assisté à la scène mais j'ai entendu les hurlements, on aurait presque dit des pleurs. J'ai même vu la pince, cet instrument de cette torture.
Les deux chimères se portaient bien, la vache maigre et usée faisait de son mieux pour leur proposer ses mamelles.
- Comment va-t'on faire l'Emile ? On n'a pas les moyens de les garder.
- T'inquiète pas de ça la Jeanne, ces spécimens vont faire la Une des JT j'tel'promets ! Je m'occupe de la communication, il suffit de bien choisir leurs petits noms. Que dis-tu de Jésus et Dollar ?
- Bên ! Jésus, je vois mais Dollar ?
- Comme Dolly la brebis clonée. Tu me suis ? Avec ces deux-là j't'garantis, on va se faire du lard, avec de beaux dollars et des c... en or...
- Si tu l'dis !
Goya, Le sabbat des sorcières, 1797-1798

vendredi 8 septembre 2017

Chronique vespérale

Pour la page 84 de l'Herbier de poésies, en mode chronique des jours de septembre aussi

Chronique vespérale.

Le linge est lavé
Le soleil encourageant
Le vent polisson

Le faire sécher sur le fil
comme pour prolonger l'été ...

Un gros nuage vient d'éteindre la lumière. J'implore le ciel de retenir la pluie. Le vent m'a-t-il écouté ? Le soleil fait de nouveau fête. J'aime sa caresse tiède sur ma vieille carcasse. Jusqu'aux prochains nuages. A nouveau un plafond bas. Teinté d'un gris monotone. Le vent frais joue les balançoires. Sur le fil les vêtements dansent.
Ô ciel ! Retiens encore une heure, juste une heure, les larmes de pluie qui s'évaporent de leurs fibres parfumées d'herbes et de liberté.
Instants au présent
Rémanences d'étés d'antan.
Temps de l'insouciance.

Goûter l'instant...
Impossible pourtant d'oublier que là-bas, loin vers l'ouest, un ouragan se déchaîne.
Difficile, dans le silence des jours, de réaliser que là-bas, loin vers l'est, les pluies de la mousson noient tout sur leur passage.
©Jeanne Fadosi, mercredi 6 septembre 2017
à découvrir avec les autres brins sur la page 84 de L'Herbier


jeudi 7 septembre 2017

Départ, de Renée Vivien

Un défi n°190 pour les CROQUEURS DE MOTS proposé par Cap'tain Dômi que je vous laisse découvrir et le mot clé VOYAGE pour le premier jeudi poésie.
J'avais programmé la nième réédition des berceaux, romance de Gabriel Fauré sur un poème de Sully-Prudhomme Le long du quai quand j'ai découvert celui-ci lors de mes recherches pour le jeudi d'après sur le retour. Il m'a paru tellement évident que le poème de Renée Vivien en est inconsciemment l'écho et la réponse. Ou l'inverse.

DÉPART
J’ai vu s’éteindre en moi le brûlant désespoir…
Ma bouche cessera de ravager ta bouche,
Je ne connaîtrai plus les veilles sur la couche
De la moite Insomnie et du Désir farouche,
Car la Mer et la Mort me rappellent, ce soir…
La nuit vient assombrir tes cheveux d’asphodèle,
Et les chauves-souris ont frappé de leur aile
Bleue et longue ma porte où l’ombre vient pleuvoir…
J’ai fait taire mon cœur que l’angoisse martèle,
Car la Mer et la Mort me rappellent, ce soir…
Renée Vivien, évocations, 1903


Renée Vivien, dite "Sapho 1900", 1877 - 1909, poétesse britannique d'expression française, courant parnassien de la Belle époque

Le long du quai, de Sully Prudhomme

Nouvelle réédition pour le défi n°190 des CROQUEURS DE MOTS dont le mot clé du premier jeudi en poésie est "Voyages" de ce poème appris à l'école élémentaire et dont j'ai découvert la romance mis en musique par Gabriel Faure à la radio quand Yves Montand l'a repris. A l'époque je la connaissais par coeur et je me vois encore la chanter du mieux possible dans la cour de notre maison.

Précédente réédition du 11 juin 2015 pour le défi n°147  où ABC conviait les CROQUEURS DE MOTS à coiffer leur béret de matelot, docile ou rebelle tout en nous encourageant à retrouver la terre ferme pour les jeudis en poésie. Je m'autorisais à rééditer pour la troisième fois (au moins) ce poème pour ceux qui partent et ceux qui restent à quai.

réédition de mon billet du 25 septembre 2014 (première mise en ligne 24 juin 2010)
Evasion, tel était le fil conducteur du défi n°130 proposé par Lenaïg pour les CROQUEURS DE MOTS et pour le 2e de ses jeudis en poésie, on peut s'évader en suivant des yeux la ligne d'horizon.

Le long du quai

Le long des quais les grands vaisseaux, 
Que la houle incline en silence, 
Ne prennent pas garde aux berceaux
Que la main des femmes balance.

Mais viendra le jour des adieux ; 
Car il faut que les femmes pleurent 
Et que les hommes curieux 
Tentent les horizons qui leurrent.

Et ce jour-là les grands vaisseaux, 
Fuyant le port qui diminue, 
Sentent leur masse retenue 
Par l'âme des lointains berceaux*.
Sully Prudhomme, Mélanges, Stances et poèmes, 1865

Ce poème a été mis en musique par Gabriel Fauré. le dernier vers y est doublé.

Vous connaissez peut-être l'interprétation de Yves Montand, voici une autre interprétation tout en délicatesse

Les Berceaux de Gabriel Fauré - Isabelle Sacquet accompagné de Madoka Huitric

et j'aime aussi énormément celle de Jose van Dam, Les berceaux de gabriel Fauré)

SULLY PRUDHOMME, poète et écrivain français, 1839 - 1907
Gabriel Fauré, pianiste et compositeur français, 1845 - 1924
Pour prolonger ---> (rien n'a changé ou alors en pire) ...

l'Hermione à son départ pour l'Amérique, 23 avril 2015
Preuve tangible et vivante par l'équipage de cette nouvelle Hermione que les humains savent pourtant porter jusqu'au bout de bien beaux rêves

Personne dans mon entourage de l'autre côté de l'Atlantique mais vous pouvez retrouver l'arrivée de l'Harmione ICI (Sud-Ouest) ou ICI (Libération)

Pour mémoire,

L'Hermione en image 3D présentée sur le chantier
de la frégate de reconstitution de celle de La Fayette

L'Hermione en construction (telle que je l'avais photographiée en 2009)









Et 17 ans de passion et de travail soutenu dans l'enthousiasme pour aboutir.

mercredi 6 septembre 2017

Ange d'Orange

C'est la rentrée à La cour de récré de JB, et comme je le répète chaque année, on ne change pas une formule qui fonctionne si bien et enchante les petit(e)s élèves buissonnières.

Comme je vous le disais en récapitulant mes participations de la saison 8 par départements, il me reste encore bien des zones blanches à visiter en France, sans oublier aussi l'Outremer.
Voici donc ...

Ange d'Orange

Avec son casque d'or et sa gueule d'ange
Il ne pouvait pas être né ailleurs.
De ses parents ils faisaient le bonheur.
Ils le gratifièrent du doux prénom d'Ange.
Né à l'ombre du Théâtre antique
Dans son berceau déjà poussait la ritournelle
Sa maman le berçant de farandoles et tarentelles.
Il fut vite doué pour le chant lyrique.
Oui mais voilà, l'été, descendant en Camargue
Il s'éprit comme il se doit de l'Arlésienne
Aussi belle et mystérieuse qu'une martienne.
L'air du temps les chiffonnant à Orange,
Ils décidèrent tous deux de se faire la malle
en devenant des enfants de la balle.

Orange, Vaucluse, capitale de l'ancienne Principauté d'Orange, Comté de Provence (marquisat de Provence), ville stratégique sur le grand axe de circulation qu'est le Rhône, a une histoire ancienne, dense et complexe.




Bizet, L'Arlésienne, Farandole


Bizet, Tarentelle (danse traditionnelle d'Italie du Sud)

Georges Bizet, 1838 - 1875, compositeur français auteur de Carmen l'un des opéras les plus connus et les plus joués dans le monde
L'Arlésienne, de Georges Bizet musique de scène pour le drame en 3 actes de Alphonse Daudet
L'Arlésienne, une des nouvelles des Lettres de mon Moulin de Alphonse Daudet
Alphonse Daudet, 1840 - 1897, écrivain et auteur dramatique français

Mes prénoms saison9 ; Mes prénoms saison8 ; Mes prénoms saison7 ;
Avec un salut amical spécial à  Bigornette , 
Présidente d'honneur de La cour de récré de JB

mardi 5 septembre 2017

Dimanche 3 septembre, onze heures

Petit journal des herbes de septembre pour l'Herbier de poésies

Après les pluies de chaleur
les panicules du maïs

caressent le voile
estompant le soleil
pour le déchirer.
©Jeanne Fadosi, mardi matin 5 septembre 2017

cliché du dimanche 3 septembre vers 11 heures du matin

vendredi 25 août 2017

La sangre del alma

Pour l'Herbier de poésie d'été (image de la page 83 proposée par Marine D)

Babel suspendue
sueur et larmes, sang des âmes
Babels babillantes

fascinante modernité
ballottée dans sa spirale
©Jeanne Fadosi, dimanche 20 août 2017
sur une peinture de Arnaud Bouchet proposée pour l'Herbier de poésie  
à découvrir avec les autres brins sur la page 83 et suite83 de l'Herbier

Photo
Arnaud Bouchet, 2017

jeudi 24 août 2017

Youth, de Samuel Ullman

"On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d'années : on devient vieux parce qu'on a déserté son idéal. Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l'âme."

Oui j'ai promis de vous faire part de mes réflexions sur le poème La conscience de Victor Hugo. Les ordonner s'avérait complexe, j'en avais bien conscience. Mais le plus compliqué et de traduire en mots ce qui est intuitions de fil en fil.
J'ai été plus prudente concernant le poème suivant.

Celui-ci est une traduction. J'y suis parvenue par cette citation qui a fait écho en moi ...
en lien avec ce que m'évoquait la conscience, mais là aussi ce serait bien difficile de l'exprimer clairement.
J'ai eu immédiatement l'envie de la partager mais voilà, je ne l'avais pas notée.
Ce matin mes recherches m'ont conduit à l'auteur et à son poème en prose. Le voici :

Être jeune
La jeunesse n'est pas une période de la vie, elle est un état d'esprit, un effet de la volonté, une qualité de l'imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l'aventure sur l'amour du confort. On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d'années ; on devient vieux parce qu'on a déserté son idéal. Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l'âme
Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort.
Jeune est celui qui s'étonne et s'émerveille. Il demande, comme l'enfant insatiable : Et après ? Il défie les événements, et trouve de la joie au jeu de la vie.
Vous êtes aussi jeune que votre foi. Aussi vieux que votre doute. Aussi jeune que votre confiance en vous-même. Aussi jeune que votre espoir. Aussi vieux que votre abattement.
Vous resterez jeune, tant que vous resterez réceptif. Réceptif à ce qui est beau, bon et grand. Réceptif aux messages de la nature, de l'homme et de l'infini. Si, un jour, votre cœur allait être mordu par le pessimisme et rongé par le cynisme, puisse Dieu avoir pitié de votre âme de vieillard.
Samuel Ullman, Youth, vers 1884

Samuel Ullman, 1840 - 1924, poète et humaniste américain émigré d'Allemagne en 1851 avec sa famille juive pour échapper à la discrimination.








mercredi 16 août 2017

Forêts, déserts ... et Chateaubriand, pour Jazzy

et sa proposition d'Imagecitation 31 - 6

"Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent"
adage communément attribué à Chateaubriand*

arbre mort dans l'estuaire du Payre, Talmont Saint Hiliare
illustrée par une image piochée sur La Gazette des Olonnes de Martine

* notamment sous la plume du Général de Gaulle (tome XII des Lettres, notes et carnets selon le sociologue Jean-Michel Le Bot dans l'archive ouverte de la revue Socio-logos)
 Clic --->
Une contribution dont je n'ai pas plus les moyens d'en vérifier la pertinence que la possibilité d'explorer la somme immense des écrits de Chateaubriand, ni ceux du Général.

Je n'oublie pas que j'ai quelques réflexions à ordonner sur le poème de Victor Hugo, La conscience;
Ici aussi j'aurai(s) à développer ...

Une piste cependant sans entrer dans une vaine polémique, ce poème de Chateaubriand, avéré celui-ci conforte que dans la pensée de cet homme de lettres pré-romantique du XIXe siècle, la forêt est désert.

La Forêt

Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !
Prestiges de mon cœur ! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons une douce tristesse :
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m’appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,
Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux !
Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;
Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D’autres vous rediront des amours étrangères ;
Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.
François-René de Chateaubriand, Tableaux de la nature, 1784 - 1790*

Il est vrai qu'à l'époque il n'a pas encore fait son voyage en Orient, ni même son voyage en Amérique.

François-René de Chateaubriand, 1768 - 1848, écrivain et homme politique français, précurseur du romantisme
* Préface des Tableaux de nature par Chateaubriand, reprise dans le tome III des Œuvres complètes, éd. Garnier 1861 :
"Tous mes premiers vers, sans exception, sont inspirés par l’amour des champs ; ils forment une suite de petites idylles sans moutons, et où l’on trouve à peine un berger. J’ai compris les vers de 1784 à 1790 sous ce titre : Tableaux de la Nature. Je n’ai rien ou presque rien changé à ces vers : composés à une époque où Dorat avait gâté le goût des jeunes poètes ..."


lundi 14 août 2017

La conscience, de Victor Hugo

Parmi mes rendez-vous récurrents, ceux des CROQUEURS DE MOTS ont pris leurs quartiers d'été de façon radicale cette année, dans le silence joyeux ou besogneux de ses participants.
D'habitude, je maintiens le fil de parution de poésies choisies. Cette année j'ai privilégié le décrochage informatique.
Si je publie  ce poème de Victor Hugo, c'est que je l'ai évoqué dans mon billet précédent, dans son intégralité en espérant qu'il sera lu en son entier. Lu et médité. Lu et relayé de réflexions. Je vous ferai part des miennes dans un billet à suivre --->

La conscience
Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Échevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l'ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes
L'oeil à la même place au fond de l'horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l'on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l'enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l'aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ;
Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d'enfer ;
L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L'oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. »
Alors il « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.
Victor Hugo, La légende des siècles, première série 1859

Victor HUGO, 1802 - 1885, poète dramaturge et prosateur français
Caïn, personnage de la Bible et du Coran, fils aîné de Adam et Ève, premier meurtrier de l'humanité dans la tradition des monothéismes qui en sont issus.

Victor Hugo, dessin de 1855

dimanche 13 août 2017

L’œil, encore

Pour l'Herbier de poésie d'été sur une photo de Susi S proposée par Adamante vers la fin de juillet

"L’œil était dans la tombe et regardait Caïn"
La photo de Susi S a pris son temps sur la Toile pour se dévoiler. C'est le premier écho qui a surgi dans ma tête comme une rengaine neuronale.
Avec en prime dans la mémoire de mon oreille la voix de Gérard Philippe, excusez du peu.
Portant nul souvenir des autres vers de ce poème, ni même du titre. Juste le nom de son auteur et en filigrane l'épisode biblique résumé jusqu'à la caricature pour les petits enfants dans mon premier livre de catéchisme, "La petite histoire sainte" que j'ai appris comme on apprend un livre d'histoires ou de légendes.
Nulle trace dans mon souvenir du poème de Victor Hugo pourtant écouté sur un phonographe.
Juste cette morale que la conscience poursuit le criminel jusque dans la tombe.
"L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn"
Morale abstraite pour une petite fille (trop) sage ayant si peu de choses à se reprocher.
Morale concrète qui l'autorisait à dénoncer à haute voix ce qui la révoltait déjà.
L'injustice, la guerre, la pauvreté, le mépris des autres ...
Avec les mots de quelques autres qu'elle retrouvait dans leurs chansons ou leurs poèmes, certaines interdites d'antenne, Brassens, Vian, Brel, Béart, Eluard, Prévert, Aragon.
L'eau vive, le déserteur, le banquet (Le diable),
Guide pour vivre en harmonie avec ses convictions, au prix quelquefois d'une petite désobéissance.
"L’œil était dans la tombe et regardait Caïn"
Et cet arbre pleure
sur l'humanité abstraite
jusqu'à l'inconscience
Et les hommes se déchaînent
et les arbres désespèrent
L’œil végétal
aurait-il tout avalé
Pour le dernier arbre ?
©Jeanne Fadosi, dimanche 13 août 2017
sur une image de Susi S proposée pour l'Herbier de poésie  

Susi S The beauty of wood
Quand le dernier arbre
aura été abattu
Quand la dernière rivière 
aura été empoisonnée
Quand le dernier poisson
aura été pêché
Alors on saura que l'argent
ne se mange pas
Proverbe amérindien
attribué souvent à Go Khla Ye dit Géronimo

mardi 8 août 2017

La carte mentionnait un camping ...

L'actualité de ce matin Clic ---> et clic ---> m'incite à rééditer le récit d'une des péripéties de vacances dans la Roumanie de Nicolae Ceaușescu  en 1977


Il devait être près de minuit et nous désespérions de trouver un endroit sûr à défaut de confortable pour dormir, même le ventre creux depuis le petit déjeuner au camping de notre précédente étape. Cela faisait des heures et des kilomètres que nous avions cherché en vain le camping repéré pour l'étape de cette nuit. Le poste de police nous avait envoyé dans un lieu si glauque que nous avions vite décampé, au sens strict et nous nous retrouvions l'angoisse au coeur dans une nuit peuplée d'un peuple que le jour cachait soigneusement aux rares touristes qui s'aventuraient hors circuits officiels et voyages organisés de l'autre côté du rideau de fer.
Les jalons, les images d'Epinal du socialisme triomphant savaient à merveille cacher la poussière sous le tapis*.
Le terrible tremblement de terre du début mars 1977 laissait encore ses plaies béantes et tous les estropiés ne pouvaient pas être escamotés. La plupart des ruines disparaissaient pourtant derrière des palissades de fortune. Mais ici, c'était des pans entiers de routes et de ponts qui avaient dévissé le long des pentes et "notre" camping avait été englouti sous le lit de la rivière déroutée au gré des modifications du relief.

Dans notre angoisse, nous avions aperçu de la lumière à la boutique du village. Le gérant et sa collègue terminaient la mise en place du lendemain avant de rentrer chez eux. Nous avions suivi la lumière comme un phare dans la nuit et leur accueil avait été si chaleureux. Il n'y avait ni hôtel, ni foyer d'accueil, encore moins de camping à des heures de route et l'hospitalité nous a été spontanément proposée, hospitalité que nous avons décliné en leur apprenant qu'ils n'avaient pas le droit d'accueillir d'étrangers chez eux et que la sanction de l'infraction était un déplacement dans une autre province et une amende équivalant à une année de leur salaire.
Le verre d'alcool de prune obligatoire avait généreusement arrosé les plantes vertes, mais une ou deux gorgées à jeun avaient sans doute suffi à altérer notre sens du raisonnable. 
Avec le recul et tout ce que j'ai appris de pire que je ne savais déjà à l'époque, nous aurions sans nul doute continué à décliner cette offre si généreuse et si tentante dans notre épuisement et notre désarroi.
Près de trente cinq Quarante ans après les avoir si inconsciemment et égoïstement mis en danger, j'en ai encore des remords.
Nous avons fini par accepter l'hospitalité qui nous était présentée comme un devoir sacré au dessus des lois et qui nous sauvaient des dangers réels de la nuit et de ses maraudeurs impitoyables.
Vasile, le gérant célibataire, logeait dans un foyer collectif mais sa collaboratrice, mère de famille, habitait une petite maison traditionnelle. Ils nous ont nourri avec leur repas préparé pour le lendemain et nous ont laissé leur chambre à coucher en se serrant dans celle de leurs enfants.
A la fin de nos vacances, en repassant par ce village, la maison de nos sauveurs était complètement fermée. Avaient-ils fait valoir que nous n'avions pas d'autre solution ou ont-ils été dénoncé par des voisins et déportés loin de chez eux ?
J'ai su ensuite par un courrier de Vasile qu'ils étaient simplement partis en vacances sur la mer noire, comme ils le faisaient chaque année à cette époque, et qu'ils allaient bien.
J'ai revu Vasile quelques heures, deux ans après, nous nous étions donnés rendez-vous pour l'emmener avec nous à un festival international de danses traditionnelles dans les montagnes frontalières de l'URSS. Une parenthèse enchantée dans son quotidien besogneux.
Il a vieilli, a sans doute fondé une famille comme je l'ai fait quelque temps après.
Son mal être était visible et me serrait le coeur. Qui pouvais-je ? Qu'est-il devenu dans ce monde nouveau qui a bousculé tous les repères et laissé sans ressources tous les baladins qui étaient la vitrine folklorique du pouvoir ? La Roumanie d'aujourd'hui ne ressemble sans doute plus guère à celle que je découvrais naïvement dans mes années de jeune adulte.
Mais cette main tendue, cet accueil chaleureux après des heures de fatigue, de faim puis de peur restent gravés dans mon souvenir.


Je ne me souviens pas du nom de ce village mais il ressemblait à celui-ci avec ses rues en ligne droite, ses larges contre-allées et ses maisons épargnées par le séisme à quelques dizaines de kilomètres de champs de ruines.