Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

lundi 24 juillet 2017

Miro et mon Parrain, pour Mil et Une

Réédition pour miletune d'un billet du 16 avril 2016 pour le Nid des mots

Mon parrain, j'en ai déjà parlé dans les premiers temps de mon premier blog. Il a enchanté les vacances de mon enfance et chaque image de jeux de baladins m'y renvoie inévitablement ainsi qu'au tout début des années 1980 où j'ai manqué l'occasion de le voir une dernière fois.


Après des années de démolitions et de chantiers, ces années-là ont vu le renouveau du quartier des Halles et l'ouverture du Centre Pompidou, dédié à une bibliothèque et à l'exposition des artistes contemporains (Dali, Picasso, Miro ...). Sur le parvis de Beaubourg où les files d'attente pour visiter ce nouveau lieu de culture dans cet étrange objet ne faisaient que s'allonger, l'espace était investi par des musiciens jongleurs, des équilibristes sur vélocipèdes, ou de simples joueurs de guimbarde, parfois même des cracheurs de feu. Un carnaval de tous les jours, une scène ouverte avant l'invention du concept.
Alors, vous pensez si ce tableau de Miro me renvoie à cette période !


En janvier 1980, mon parrain s'éteignait et j'avais écrit ce texte qu'un ami avait publié dans notre petite revue d'amateurs de danses et traditions populaires :
 "Quand les racines lèveront".



En hommage à ROGERLY, mon parrain, qui a ensoleillé mon enfance de ses farces, et a essayé de me transmettre un peu de la mémoire de son époque.
Le violon et la clarinette, l’ocarina et le pipeau resteront désormais dans leur boîte.
Le clown blanc est mort.
Le clown musicien qui savait faire chanter un verre ou une feuille.
Il s’est éteint comme une chandelle que l’on souffle … sans une grimace. C’est sans doute pourquoi il a emporté ce visage serein.
Mais qui fera revivre sa musique ?

Oh, il est loin déjà le jour où il avait renoncé à ses instruments. Quinze ans ! Aucun argument, aucune supplication ne lui avait fait depuis lors égrener quelques notes. Même pour ses petits neveux*. Mais il avait continué à les faire rire.

En semaine il créait les motifs qui orneraient les robes du soir, brodées de strass. Robes de fête et de lumière.
Il était clown le dimanche.
Avec son compagnon Auguste, il allait de gala de bienfaisance en distribution des prix ou en comice agricole.
Ils étaient de toutes les fêtes et, le cœur gai ou le cœur triste, ils distribuaient de la gaîté et de la tendresse à ceux qui venaient les applaudir. Après le spectacle, le musicien, - le clown blanc -, était souvent sollicité pour animer la danse.
Le miracle se produisait alors : sous ses doigts qui trébuchaient tantôt pour le déchaînement des rires, s’animaient allègrement le quadrille et la polka, la mazurka ou la gigue. Souvent aussi, à la demande des plus audacieux ou des plus modernes, le charleston, et même la java et le fox-trot.
C’est ainsi que la danse vivait et évoluait avant guerre*.

Il est revenu d’Allemagne*.Les robes n’étaient plus brodées de perles et il a du changer de métier.
Il s’est retrouvé derrière un bureau, à remplir des dossiers pour les assurances.
- L’ère de la civilisation et du progrès, -
Déjà une corde avait cassé. Mais il lui restait les dimanches pour faire pleuvoir sur les gosses des milliers de perles de rires, avec Auguste.
Un jour Auguste ne s’est pas réveillé et le clown blanc s’est retrouvé seul devant les enfants. Mais sa musique et ses farces ne les faisaient plus rire. Ses tours ? Ils les connaissaient : ils avaient vu les mêmes, à la télé.
Alors il a pris sa retraite de clown et rangé pour toujours le violon géant, le violon lilliputien, la flûte et son habit pailleté.

Le violon et la clarinette, l’ocarina et le pipeau resteront désormais dans leur boîte. Le clown blanc est mort.
Qui fera revivre leur musique ?
Sur le parvis de Beaubourg, devant l’église Saint Sulpice, à la Butte aux Cailles, les gens se sont mis à chanter, jouer et danser.
- Ce sont des fous disent les fâcheux.
Mais beaucoup s’arrêtent et regardent. Quelques pas esquissés et quelqu’un entre dans la ronde. Puis un autre.
Et d’autres encore.
Et c’est ainsi que la fête continue.
FABIENNE DAUTY (Laval* le 9 Février 1980)








* pour éviter les confusions, je pense aux aminautes québécois,
il s'agit ici de Laval en Mayenne (France)


19 commentaires:

  1. Tu as vraiment bien fait de republier ce magnifique texte en hommage à ton oncle, merci !
    Je me souviens très bien aussi des débuts de Beaubourg et de la place avec ses "troubadours"...

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    1. Je n'arrive à mettre un commentaire que par "répondre" !
      Quel beau texte plein de tendresse, de respect et de nostalgie !
      Le monde évolue et laisse en route plein de gens de talent.
      Très bon week-end

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  2. je ne comprends pas ce qui s'est passé pour le commentaire de clara

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  3. C'est vrai qu'on a de la misère avec les coms chez blogspot... pour les ouvrir si pas la première je clic sur le com d'avant et je reviens ici... là ça va, sinon !!! Ca tourne, bref, il y a tjs un membre de sa famille qui marque plus que les autres, la preuve... ;-)

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  4. émouvant ce texte nostalgique et tellement aimant.....Bises

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  5. Ah ! Une reprise de texte que je goûte «à plein», Jeanne ! Quel magnifique texte hommage à ton parrain ! J'apprécie beaucoup ! C'est superbe ! Bonne et belle poursuite de ce samedi. Bises♥

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  6. J'ai beaucoup aimé ton histoire, tu as bien fait de nous la raconter car je n'ai pas connu le début de ton blog, il y a peu de temps que je viens te visiter. Merci beaucoup, nous avons tous de belles histoires de famille à partager. Bon week end.

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  7. Coucou Jeanne
    Merci pour cette rediffusion qui m'a permis de découvrir ce magnifique hommage.
    Bises et bon dimanche
    ZAZA - http://zazarambette.fr

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  8. C'est une page comme je les aime. Que de merveilleux souvenirs pour se construire et s'en souvenir pour tout le reste de sa vie.
    Merci d'avoir d'avoir partagé avec nous.
    Bon dimanche,
    eMmA

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  9. Très bel et émouvant hommage.

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  10. Je me souvenais bien de ton parrain et de cet hommage...
    Merci de l'avoir republié.
    Passe une douce journée. Amitiés.

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  11. Un très bel hommage, très émouvant.

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  12. Beaucoup de nostalgie, la fuite du temps, l'évolution des besoins, des curiosités, tout est évoqué et pourtant, heureusement, des moments de grâce quand un rire, un son, un air de musique suffisent à ressentir toute la joie d'un instant qu'on vit intensément.

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  13. J'ai lu cet hommage avec beaucoup d'émotion ce soir. Le blanc du maquillage du clown, comme un rideau pudique, masque les blessures de celui qui l'arbore. C'est comme s'il était nécessaire de connaître de profondes afflictions pour semer, l'espace de quelques maladresses volontaires, l'oubli des tourments et la joie chez les autres. À bientôt, Jeanne.

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  14. Bonsoir... Ticket très informatif. je cherchais justement des réponses sur le sujet.
    Bon courage!

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  15. Très beau texte émouvant hommage à ton parrain le clown blanc. J'aime Miro. Je m'étais exprimée sur ce tableau sur mon blog pour le nid de mots. Belle semaine.

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  16. Certains textes méritent d'être lus et relus... dont celui-ci.
    Merci, Jeanne. Je suis toujours émue en le lisant.

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  17. Tu as bien fait de rééditer il est très émouvant ce billet .
    Bisous

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